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Royaume de FranceMontjoie ! Saint Denis !

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Le glossaire de la monarchie

68 termes pour parler la langue du royaume : apanage, connétable, lit de justice, régale…

A

Apanage
Portion du domaine royal concédée par le roi à ses fils puînés pour qu’ils tiennent leur rang sans prétendre à la couronne. Institué par le testament de Louis VIII en 1225, l’apanage se transmettait de mâle en mâle et faisait retour à la Couronne dès l’extinction de la descendance masculine du prince apanagé. Sagesse et péril tout ensemble : il apaisa bien des rivalités fraternelles, mais donna naissance à la redoutable maison de Bourgogne des Valois.

B

Bailli
Officier royal institué par Philippe Auguste à la fin du XIIe siècle pour représenter le roi dans les provinces du nord du royaume. Il rendait la justice, levait l’ost, percevait les revenus du domaine et surveillait les prévôts placés sous son autorité. Révocable et rémunéré par gages, il fut l’instrument par lequel la royauté substitua peu à peu son administration aux fidélités féodales.
Ban et arrière-ban
Convocation solennelle par laquelle le roi appelait à la guerre ses vassaux directs — le ban — puis les vassaux de ses vassaux, ou arrière-ban. C'était l’armée féodale du royaume, réunie sous les bannières seigneuriales pour un service borné dans le temps. Concurrencée dès le XVe siècle par les compagnies d’ordonnance et les troupes soldées, la formule fut encore employée sous Louis XIV avant de tomber en désuétude au début du XVIIIe siècle.

C

Capétiens
Maison royale issue d’Hugues Capet, élu et sacré en 987, qui régna sur la France sans discontinuer pendant plus de huit siècles. On distingue les Capétiens directs (987-1328), les Valois (1328-1589), les Bourbons (1589-1792, puis 1814-1830) et la branche d’Orléans. Cette continuité dynastique, unique en Europe, tient à une chance longtemps prolongée : de père en fils, la lignée directe donna un héritier mâle de 987 à 1316, soit trois cent vingt-neuf ans.
Chambre des comptes
Cour souveraine issue de la curia regis, chargée de vérifier les comptes des officiers du roi, d’enregistrer les édits touchant aux finances et de veiller sur le domaine. Fixée à Paris dans le palais de la Cité, elle tenait les registres du domaine et des offices, mémoire écrite de la monarchie. Des chambres provinciales furent créées à Dijon, Grenoble, Nantes ou Montpellier ; toutes disparurent avec les cours souveraines en 1791.
Chancelier de France
Premier des grands officiers de la Couronne, gardien du sceau royal et chef de la justice du royaume. Seul dignitaire inamovible, il ne prenait pas le deuil du roi défunt, car la justice, disait-on, ne meurt point : lorsqu’un chancelier tombait en disgrâce, le roi ne pouvait que lui retirer les sceaux pour les confier à un garde des sceaux. Sa robe rouge et son mortier d’or le distinguaient dans toutes les cérémonies de la monarchie.
Charte de 1814
Loi constitutionnelle octroyée par Louis XVIII le 4 juin 1814, qui concilie la légitimité monarchique et les libertés issues de la Révolution. Elle rétablit le roi dans la plénitude du pouvoir exécutif et l’initiative des lois, tout en instituant deux chambres — Pairs et Députés —, la liberté des cultes et l'égalité devant l’impôt, le catholicisme demeurant religion de l'État. Son article 14, permettant au roi de gouverner par ordonnances, devint en 1830 la pierre d’achoppement du règne de Charles X.
Concordat de Bologne
Accord conclu en 1516 entre François Ier et Léon X, qui abolit la Pragmatique Sanction de Bourges et régla pour près de trois siècles les rapports de la France et du Saint-Siège. Le roi y gagne la nomination des évêques, abbés et prieurs du royaume, le pape se réservant l’institution canonique et le versement des annates. Ce partage donna au souverain une emprise considérable sur l'Église de France et fut l’une des raisons pour lesquelles le royaume demeura catholique.
Connétable
Chef suprême des armées du roi, premier des grands officiers de la Couronne après le chancelier, il portait l'épée nue devant le souverain au jour du sacre. Du Guesclin, Richemont ou Montmorency illustrèrent cette dignité que sa puissance même finit par rendre suspecte. Après la mort de Lesdiguières, dernier titulaire, Louis XIII supprima la charge en 1627 : le roi entendait désormais commander lui-même ses armées.
Conseil du roi
Organe central du gouvernement, héritier direct de la curia regis, où le souverain délibère avant de décider seul. Il se démembra en formations spécialisées : Conseil d’en haut pour les affaires d'État, Conseil des dépêches pour l’administration du royaume, Conseil royal des finances, Conseil des parties pour le contentieux. Nul n’y siégeait de droit : le roi y appelait qui lui plaisait, et l’on disait que le Conseil n’avait d’autre volonté que la sienne.
Couronne
Au-delà du joyau, la dignité perpétuelle et impersonnelle dont le roi n’est que le dépositaire viager. Le souverain reçoit la Couronne des lois fondamentales, non de sa volonté ni de celle d’un corps électoral, et ne saurait ni l’aliéner ni en disposer par testament. De cette distinction entre la personne mortelle et la fonction immortelle procède toute la théorie juridique de la monarchie française.
Coutume
Droit non écrit, né de l’usage immémorial et attesté par la mémoire des hommes, qui régissait les provinces du nord du royaume, dites pays de coutume, par opposition aux pays de droit écrit du Midi romanisé. L’ordonnance de Montils-lès-Tours, en 1454, prescrivit la rédaction officielle des coutumes, entreprise qui occupa un siècle et fixa quelque soixante coutumes générales. La Coutume de Paris devint peu à peu le droit commun de référence du royaume.
Curia regis
Cour du roi de l'âge féodal, assemblée mouvante de vassaux, de prélats et de familiers réunis autour du souverain pour le conseiller, juger et administrer. De ce tronc unique sortirent par spécialisation le Parlement, la Chambre des comptes et le Conseil du roi. Elle illustre le principe fondateur de la monarchie médiévale : le roi gouverne par le conseil de ses fidèles, mais la décision n’appartient qu'à lui.

D

Dauphin
Titre porté par l’héritier présomptif de la couronne de France depuis le transport du Dauphiné au royaume, en 1349, par Humbert II de Viennois. Le futur Charles V fut le premier prince français à le porter, et l’usage se maintint jusqu'à la chute de la monarchie. Le dauphin gouvernait nominalement sa province et arborait un écu écartelé de France et de Dauphiné, aux dauphins d’azur.
Domaine royal
Ensemble des terres, droits et revenus que le roi tient en propre et non en suzeraineté. Réduit à l'Île-de-France sous les premiers Capétiens, il s'étendit par conquêtes, mariages, confiscations et retours d’apanages jusqu'à recouvrir presque tout le royaume. L'édit de Moulins de 1566 en proclama l’inaliénabilité : le roi n’en est que l’usufruitier, et ce qu’il en distrait peut toujours être réuni par ses successeurs.
Droit divin
Doctrine selon laquelle l’autorité du roi procède de Dieu et non du consentement des hommes, le souverain n’ayant à répondre de son gouvernement que devant le Juge éternel. Bossuet lui donna sa formulation la plus achevée dans sa « Politique tirée des propres paroles de l'Écriture sainte ». Elle n’autorise nullement l’arbitraire : le roi de droit divin demeure lié par la loi de Dieu, les lois fondamentales du royaume et les libertés reconnues à ses sujets.

É

Écrouelles
Adénite tuberculeuse cervicale que les rois de France passaient pour guérir par le seul toucher, don réputé conféré par l’onction du sacre. Attesté depuis le XIe siècle, le rite se pratiquait quelques jours après le sacre et aux grandes fêtes, le roi imposant les mains à des milliers de malades en prononçant : « Le roi te touche, Dieu te guérit. » Charles X accomplit ce geste pour la dernière fois en mai 1825, à l’hôpital Saint-Marcoul de Reims.
Édit
Acte législatif du roi portant sur une matière déterminée ou sur une province particulière, à la différence de l’ordonnance, de portée générale. Préparé au Conseil, scellé du grand sceau, il ne devenait exécutoire qu’après enregistrement par les cours souveraines, lesquelles pouvaient y opposer des remontrances. L'édit de Nantes, l'édit de Moulins ou l'édit de Fontainebleau comptent parmi les plus célèbres monuments de cette législation.
États généraux
Assemblée extraordinaire des trois ordres du royaume — clergé, noblesse et tiers état — convoquée par le roi pour l'éclairer dans les circonstances graves, notamment fiscales. Réunis pour la première fois en 1302 par Philippe le Bel, ils tinrent une vingtaine de sessions avant celle de 1614, puis ne furent plus rassemblés jusqu’au 5 mai 1789. Ils n’avaient pas de pouvoir législatif : ils présentaient des cahiers de doléances, et le roi seul décidait.

F

Fief
Terre ou droit concédé par un seigneur à son vassal en échange de la foi, de l’hommage et du service dû. Il n’appartient pleinement ni à l’un ni à l’autre : le seigneur en garde le domaine éminent, le vassal en tient le domaine utile. Héréditaire dès le Xe siècle, le fief est la maille élémentaire de l’ordre féodal, dont le roi occupe le sommet comme suzerain de tous les suzerains.
Fille aînée de l'Église
Formule désignant la France en mémoire du baptême de Clovis à Reims par saint Remi, autour de l’an 496 : le royaume franc fut le premier des royaumes barbares à embrasser la foi catholique et non l’arianisme. L’expression elle-même est tardive — elle se fixe au XIXe siècle, popularisée notamment par Lacordaire — mais l’idée qu’elle recouvre traverse toute l’histoire de la monarchie. Elle fonde la vocation religieuse que les rois de France ont revendiquée et que les papes leur ont reconnue.
Fleur de lys
Emblème floral des rois de France, apparu sur le sceau royal sous Louis VII, vers 1150, et bientôt semé sans nombre sur un champ d’azur. Charles V en réduisit le nombre à trois, vers 1376, pour honorer, dit-on, la Sainte Trinité : ainsi naquit le fameux « d’azur à trois fleurs de lys d’or ». La tradition qui veut qu’un ange ait remis le lys à Clovis relève de la légende pieuse et non de l’histoire.

G

Gabelle
Impôt sur le sel, établi à titre provisoire par Philippe VI en 1341 puis rendu permanent, et l’un des plus lourdement ressentis de l’Ancien Régime. Son régime variait à l’extrême selon les provinces — pays de grandes gabelles, de petites gabelles, pays rédimés ou francs —, ce qui nourrit une contrebande endémique, celle des faux-sauniers. Cette inégalité territoriale, plus que le principe même de l’impôt, fit sa mauvaise réputation.
Gallicanisme
Ensemble de doctrines affirmant les libertés particulières de l'Église de France face à l’autorité romaine, ainsi que l’indépendance absolue du roi dans l’ordre temporel. Il trouve son expression la plus solennelle dans la Déclaration des Quatre Articles de 1682, rédigée par Bossuet et adoptée par l’assemblée du clergé. Doctrine de fidélité conjointe au roi et au pape, il fut toujours contesté par les tenants de l’ultramontanisme, qui finirent par l’emporter au XIXe siècle.
Garde des sceaux
Dignitaire recevant la garde du grand sceau lorsque le chancelier, inamovible, était écarté des affaires. Le roi ne pouvant destituer le chancelier, il lui retirait les sceaux et confiait à un autre l’exercice effectif de la justice : le titre demeurait à l’un, la fonction passait à l’autre. Cette élégante fiction juridique explique que le nom de garde des sceaux ait survécu à la monarchie qui l’avait inventé.
Grand aumônier de France
Prélat, le plus souvent cardinal, placé à la tête de la chapelle royale et chargé du service spirituel du souverain. Il administrait les sacrements au roi, célébrait devant lui les grandes cérémonies et gouvernait un clergé nombreux attaché à la Cour. Sa charge le mettait au premier rang des ecclésiastiques du royaume et, lors du sacre, il assistait l’archevêque de Reims.
Grands officiers de la Couronne
Dignitaires attachés non à la personne du roi mais à la Couronne elle-même : connétable, chancelier, amiral de France, maréchaux, grand maître de la maison du roi, grand écuyer, grand chambellan. Ils tenaient les premiers rangs des cérémonies et portaient les insignes au sacre. Plusieurs de ces charges furent supprimées quand leur puissance parut faire ombre à celle du souverain, à commencer par la connétablie en 1627.

H

Hommage
Rite fondateur du lien vassalique : le vassal, tête nue et sans armes, plaçait ses mains jointes dans celles du seigneur, recevait le baiser de paix, puis jurait fidélité sur les Évangiles ou sur des reliques. Suivait l’investiture, remise d’un objet symbolique — motte de terre, bâton, anneau — qui saisissait le vassal de son fief. L’hommage lige primait tous les autres et obligeait envers un seul seigneur, le roi s’efforçant d’en obtenir le bénéfice de ses plus grands feudataires.

I

Indisponibilité de la Couronne
Principe cardinal du droit monarchique français selon lequel ni le roi ni personne ne peut disposer de la couronne : le souverain ne choisit pas son successeur, ne peut l'écarter ni abdiquer à son détriment. La dévolution s’opère par la seule force de la coutume, en dehors de toute volonté humaine. C’est au nom de ce principe que la France refusa le traité de Troyes de 1420, par lequel Charles VI prétendait déshériter le dauphin au profit du roi d’Angleterre.
Intendant
Commissaire départi par le roi dans une généralité pour la justice, la police et les finances, révocable à volonté et sans attache locale. Employé dès le XVIe siècle, systématisé par Richelieu puis par Colbert, il devint le véritable administrateur de la province face aux officiers propriétaires de leurs charges. On a pu dire que trente intendants gouvernaient réellement le royaume ; leur efficacité même fit leur impopularité auprès des corps constitués et des états provinciaux.

J

Joyeuse
Épée du sacre des rois de France, conservée à Saint-Denis parmi les regalia et portée devant le souverain lors de la cérémonie. La tradition en fait l'épée de Charlemagne, mais l’objet conservé aujourd’hui au Louvre est un assemblage d'éléments d'époques diverses, dont le pommeau seul pourrait remonter au Xe siècle : l’attribution carolingienne relève de la légende. Elle demeure l’un des rares regalia à avoir échappé aux destructions révolutionnaires.

L

Le roi est mort, vive le roi !
Cri proclamé lors des funérailles royales à Saint-Denis, quand le héraut annonçait d’un même souffle la mort du souverain et l’avènement de son successeur. Il exprime le principe d’instantanéité : la couronne ne connaît pas de vacance, l’héritier est roi à la seconde même du décès, avant tout sacre et toute proclamation. La formule se fixe dans le cérémonial funèbre au XVIe siècle et résume, en sept mots, toute la doctrine de la continuité monarchique.
Légiste
Juriste formé au droit romain qui, à partir du XIIIe siècle, mit sa science au service de la souveraineté royale. Les légistes de Philippe le Bel — Pierre Flote, Guillaume de Nogaret, Guillaume de Plaisians — forgèrent les formules décisives : le roi est empereur en son royaume, il ne tient sa couronne que de Dieu. En substituant la notion de souveraineté à celle de suzeraineté, ils firent passer la France de l’ordre féodal à l'État moderne.
Légitimisme
Fidélité au principe de la dévolution héréditaire de la couronne selon les lois fondamentales, et par extension attachement à la branche aînée des Bourbons après 1830. Le légitimiste tient que la royauté ne se donne ni ne se vote : elle est un fait de droit que nulle assemblée ne peut créer ni abolir. Il s’oppose en cela à l’orléanisme, qui fondait la royauté de Juillet sur un appel national et une souveraineté partagée.
Lettre de cachet
Lettre close scellée du cachet du roi et contresignée par un secrétaire d'État, ordonnant l’internement, l’exil ou l’assignation à résidence d’une personne nommée, sans jugement ni recours. L’usage en fut réel et l’arbitraire aussi : la Bastille, Vincennes ou les couvents reçurent des prisonniers sans procès. Il faut cependant dire que la majorité de ces lettres étaient sollicitées par les familles elles-mêmes pour soustraire un parent au scandale d’un procès public ; dénoncées par Malesherbes, restreintes par Louis XVI, elles furent abolies en 1790.
Lieutenant général du royaume
Dignité conférant à son titulaire l’exercice du pouvoir royal en cas d’absence, d’incapacité ou de vacance apparente du trône. Le futur Charles V l’exerça après le désastre de Poitiers en 1356, le comte d’Artois au printemps de 1814, et le duc d’Orléans s’en para en juillet 1830 avant de prendre la couronne. Elle n’a jamais valu titre royal : le lieutenant général gouverne au nom du roi, il ne l’est pas.
Lit de justice
Séance solennelle tenue par le roi en son Parlement, assis sur un lit de coussins sous un dais fleurdelysé, pour imposer l’enregistrement d’un texte que la cour refusait. Sa logique tenait en un adage : la présence du prince suspend l’office du magistrat, car le Parlement ne juge que par délégation du roi. Fréquents au XVIIIe siècle, ces coups d’autorité montrèrent la puissance de la royauté autant que la résistance croissante des cours souveraines.
Loi salique
Règle excluant les femmes de la couronne de France, et bientôt tout prétendant qui n’y aurait de droit que par une femme. Elle fut affirmée en fait lors des successions de 1316 et 1328, puis rattachée après coup, vers le milieu du XIVe siècle, à un article de l’antique loi des Francs Saliens relatif aux terres allodiales — justification savante d’une coutume déjà établie. Quels qu’en soient les fondements historiques, elle sauva le royaume d’une soumission à la maison d’Angleterre et devint la première des lois fondamentales.
Lois fondamentales du royaume
Ensemble de règles coutumières régissant la dévolution de la couronne et la nature de l'État, que le roi lui-même ne peut modifier parce qu’il les reçoit en même temps que sa dignité. Elles comprennent la masculinité, la primogéniture, la collatéralité, l’instantanéité de la succession, l’indisponibilité de la Couronne, la catholicité du souverain et l’inaliénabilité du domaine. Constitution non écrite, elles font du royaume une monarchie tempérée par le droit et non un despotisme.

M

Main de justice
Sceptre court terminé par une main d’ivoire aux doigts dressés dans le geste de la bénédiction, remis au roi durant le sacre. Le souverain le tenait de la main gauche tandis que sa droite portait le grand sceptre : d’un côté la puissance, de l’autre l'équité. C’est l’un des plus anciens insignes proprement français, attesté dès le XIIIe siècle et sans équivalent exact dans les autres monarchies d’Europe.
Maire du palais
Chef de l’administration domestique puis véritable maître du gouvernement sous les derniers rois mérovingiens. Pépin de Herstal, Charles Martel et Pépin le Bref accumulèrent dans cette charge une puissance telle que la royauté leur revint en fait avant de leur revenir en droit. Pépin le Bref, sacré roi en 751 avec l’assentiment du pape Zacharie, mit fin à la fiction et inaugura la dynastie carolingienne.
Majorité royale
Âge auquel le roi mineur prend en main le gouvernement et met fin à la régence. Une ordonnance de Charles V, en 1374, la fixa à quatorze ans ; l’usage la compta ensuite à l’entrée dans la quatorzième année, soit treize ans accomplis. Charles IX en 1563, Louis XIII en 1614 et Louis XIV en 1651 furent déclarés majeurs à cet âge, dans un lit de justice tenu au Parlement de Paris.
Montjoie Saint-Denis
Cri de guerre des rois de France, attesté depuis le XIIe siècle et lancé sous l’oriflamme du saint patron du royaume. L'étymologie de Montjoie demeure discutée : on y a vu le mons gaudii, colline d’où l’on découvre le but du voyage, ou les tertres marquant les chemins de pèlerinage. Le cri joignait ainsi l'élan de la bataille à l’invocation du protecteur céleste de la monarchie.

N

Noblesse de robe
Noblesse acquise par l’exercice héréditaire d’offices de judicature ou de finance, notamment dans les cours souveraines. Née de la vénalité des charges, elle se distinguait de la noblesse d'épée par l’origine de sa dignité, sans lui être inférieure en droit ni souvent en fortune. Elle donna au royaume ses magistrats, ses administrateurs et une part de ses écrivains — Montesquieu, président à mortier au parlement de Bordeaux, en est le plus illustre exemple.

O

Ordonnance
Acte législatif du roi de portée générale et permanente, applicable à tout le royaume, préparé au Conseil et enregistré par les cours souveraines. Les grandes ordonnances jalonnent l’histoire du droit français : Villers-Cotterêts en 1539, qui imposa le français dans les actes de justice, ou les codes de Colbert sur la procédure civile, le commerce et la marine. C’est par l’ordonnance que la monarchie construisit, siècle après siècle, l’unité juridique du pays.
Ordre du Saint-Esprit
Premier ordre de chevalerie du royaume, institué par Henri III le 31 décembre 1578 en mémoire des jours de Pentecôte qui l’avaient vu élu roi de Pologne puis appelé au trône de France. Limité à cent chevaliers tenus de faire preuve de noblesse et de catholicité, il se reconnaissait au cordon bleu porté en écharpe, d’où le nom de cordons-bleus. Chaque roi en prêtait serment de maintien lors de son sacre.
Oriflamme
Bannière de soie vermeille de l’abbaye de Saint-Denis, que le roi venait prendre sur l’autel avant de partir en guerre et rapportait au retour. Déployée, elle signifiait que la guerre serait sans quartier et que le roi combattait en personne. Levée à Bouvines, à Mons-en-Pévèle et à Crécy, elle parut pour la dernière fois à Azincourt en 1415, où elle disparut avec la fleur de la chevalerie française.
Ost
Service militaire dû par le vassal à son seigneur, et par tous au roi lorsqu’il convoquait le ban. La coutume le limitait ordinairement à quarante jours par an, au-delà desquels le vassal pouvait rentrer chez lui ou exiger solde. Cette brièveté, qui interdisait les campagnes longues et les sièges, conduisit les rois à racheter le service en argent et à lever des troupes soldées.

P

Pairs de France
À l’origine, les douze pairs — six ecclésiastiques et six laïcs — qui, selon la tradition, assistaient le roi au sacre et tenaient les insignes ou soutenaient la couronne au-dessus de sa tête. La pairie devint ensuite une dignité attachée à certaines terres érigées en duchés-pairies, dont les titulaires siégeaient au Parlement de Paris. La Charte de 1814 lui donna une seconde vie sous la forme d’une Chambre des pairs, chambre haute de la monarchie constitutionnelle.
Parlement
Cour souveraine de justice issue de la curia regis, sédentarisée à Paris au XIIIe siècle puis démembrée en parlements provinciaux, de Toulouse à Rennes et de Dijon à Aix. Jugeant en dernier ressort au nom du roi, il enregistrait les édits et ordonnances et pouvait, avant de les publier, présenter des remontrances. De ce droit de remontrance, arme de sagesse aux mains des magistrats, naquit au XVIIIe siècle une opposition politique qui affaiblit gravement la monarchie ; les parlements furent supprimés en 1790.
Pragmatique Sanction de Bourges
Ordonnance promulguée par Charles VII le 7 juillet 1438, qui consacra les libertés de l'Église gallicane en restaurant l'élection des évêques et des abbés et en limitant les prélèvements pontificaux. Elle marqua l’apogée du gallicanisme conciliaire et fit du roi le protecteur des franchises ecclésiastiques du royaume. Elle fut abrogée par le concordat de Bologne en 1516, qui substitua la nomination royale à l'élection capitulaire.
Prévôt
Le plus ancien des agents locaux de la royauté capétienne, chargé dans une circonscription du domaine de percevoir les revenus, de commander la petite justice et de convoquer les hommes du roi. Son office était souvent affermé, ce qui invitait aux abus et justifia la création des baillis chargés de le surveiller. Le prévôt de Paris, dont le siège était au Châtelet, conserva jusqu'à la fin de l’Ancien Régime un rang considérable.
Prince du sang
Descendant légitime, en ligne masculine et de mâle en mâle, d’un roi de France, mais issu d’une branche collatérale éloignée du souverain régnant. À la différence des fils et petits-fils de France, il n’appartient pas à la famille royale immédiate, mais il a vocation à la couronne selon son rang dans l’ordre successoral. C’est ainsi qu’Henri de Navarre, prince du sang au vingt et unième degré depuis Saint Louis, hérita légitimement du trône en 1589.

R

Régale
Droit du roi de percevoir les revenus d’un évêché vacant — régale temporelle — et d’y conférer les bénéfices ne comportant pas charge d'âmes — régale spirituelle. Louis XIV en ayant étendu l’exercice à tous les diocèses du royaume en 1673, un conflit s’ouvrit avec Innocent XI qui aboutit à la Déclaration des Quatre Articles de 1682. La querelle ne fut apaisée qu’en 1693, par une reculade réciproque et discrète.
Regalia
Insignes du sacre conservés au trésor de l’abbaye de Saint-Denis : couronne dite de Charlemagne, sceptre, main de justice, épée Joyeuse, éperons d’or, manteau semé de fleurs de lys, anneau et agrafe. Apportés à Reims pour la cérémonie, ils y étaient remis un à un au roi, chacun accompagné d’une oraison qui en expliquait le sens spirituel. Ils furent pour la plupart fondus ou dispersés en 1793 ; quelques pièces seulement subsistent au Louvre.
Régence
Gouvernement exercé au nom du roi pendant sa minorité, sa maladie ou son absence du royaume, sans que le régent devienne jamais roi lui-même. La coutume la confia le plus souvent à la reine mère — Blanche de Castille, Catherine de Médicis, Marie de Médicis, Anne d’Autriche — ou au plus proche prince du sang, comme Philippe d’Orléans de 1715 à 1723. Le régent administre, mais ne dispose ni de la Couronne ni des lois fondamentales, qui demeurent hors de sa main.
Roi très chrétien
Titre reconnu par la papauté aux rois de France, en mémoire de leur fidélité constante à l'Église et de leur rôle de protecteurs du Saint-Siège. Employé occasionnellement dès l'époque carolingienne, il devint au XVe siècle l’apanage exclusif des souverains français, comme le Roi Catholique désignait celui d’Espagne. Le Rex Christianissimus figurait dans les bulles pontificales et les actes diplomatiques comme la qualification propre du roi de France.

S

Sacre
Cérémonie religieuse par laquelle le roi de France recevait l’onction du saint chrême et les insignes de la royauté, à Reims, des mains de l’archevêque. Elle n’a jamais eu pour effet de faire le roi — il l'était dès la mort de son prédécesseur — mais de manifester le caractère sacré de sa charge et de sceller ses engagements envers Dieu et son peuple. Reims s’imposa comme lieu du sacre à partir du XIe siècle, en souvenir du baptême de Clovis ; Louis VI fut sacré à Orléans et Henri IV à Chartres, exceptions imposées par les circonstances.
Sainte ampoule
Fiole de verre contenant le baume dont on mêlait quelques parcelles au saint chrême du sacre, conservée à l’abbaye Saint-Remi de Reims. La tradition, rapportée au IXe siècle par Hincmar, veut qu’une colombe l’ait apportée du ciel pour le baptême de Clovis : il s’agit d’une légende pieuse, non d’un fait établi. Brisée publiquement le 7 octobre 1793 par le conventionnel Rühl, elle survécut par les fragments que des fidèles avaient recueillis et qui servirent au sacre de Charles X en 1825.
Sceptre
Long bâton d’or que le roi recevait au sacre et tenait de la main droite, symbole du commandement et de la conduite du peuple. Celui des derniers rois, dit sceptre de Charlemagne, était surmonté d’une statuette de l’empereur en majesté et fut refait pour le sacre de Charles V. Il forme avec la main de justice le couple des insignes proprement royaux : la force et l'équité, indissociables dans l’idée française de la souveraineté.
Sénéchal
Dans les provinces du Midi, officier royal exerçant les mêmes attributions que le bailli au nord : justice, finances, convocation de l’ost. Le grand sénéchal de France fut, aux XIe et XIIe siècles, le premier des officiers de la Couronne, chef de la maison et des armées du roi. Sa puissance devint telle que Philippe Auguste laissa la charge vacante après 1191, et elle ne fut jamais rétablie.
Serment du sacre
Engagements prêtés par le roi sur les Évangiles avant de recevoir l’onction : maintenir la paix de l'Église et du peuple chrétien, interdire toute iniquité, faire régner l'équité et la miséricorde dans ses jugements. S’y ajouta au XIIIe siècle la promesse d’extirper les hérésies, et sous les Bourbons celle de maintenir l’ordre du Saint-Esprit. Ce serment donne au sacre sa dimension de contrat : le roi reçoit sa dignité de Dieu, mais il en jure publiquement les devoirs devant son peuple.
Suzerain
Seigneur dont relèvent d’autres seigneurs eux-mêmes pourvus de vassaux, par opposition au seigneur immédiat d’un simple tenancier. Le roi de France, suzerain suprême, était le seul à ne relever de personne : l’adage voulait qu’il ne tînt sa couronne que de Dieu et de son épée. Toute l'œuvre des Capétiens consista à transformer cette suzeraineté féodale, faite de liens personnels, en souveraineté véritable sur un territoire et un peuple.

T

Taille
Principal impôt direct de l’Ancien Régime, rendu permanent en 1439 par Charles VII pour entretenir les compagnies d’ordonnance, première armée régulière d’Europe. Personnelle au nord — assise sur les facultés présumées du contribuable —, réelle au midi, où elle frappait les terres roturières, elle pesait sur le seul tiers état, la noblesse la payant du sang et le clergé de la prière. Son inégalité et l’arbitraire de sa répartition en firent l’impôt le plus mal supporté du royaume.
Te Deum
Hymne d’action de grâces de l'Église latine, chanté solennellement pour les victoires des armes du roi, les naissances princières, les guérisons royales et les traités de paix. Ordonné par lettres royales dans toutes les églises du royaume, il était célébré à Notre-Dame de Paris en présence des cours souveraines et du corps de ville. Il fit de chaque événement du règne une fête religieuse et associa la nation entière à la fortune de sa dynastie.

U

Ultramontanisme
Doctrine qui reconnaît au pape, situé au-delà des monts, une autorité pleine et immédiate sur toute l'Église, y compris française, et refuse aux souverains temporels toute prise sur le gouvernement spirituel. Combattu par le gallicanisme durant l’Ancien Régime, il triompha au XIXe siècle sous l’influence de Joseph de Maistre, de Lamennais puis de Louis Veuillot, et fut consacré par le concile Vatican I en 1870. Beaucoup de royalistes du XIXe siècle furent ultramontains, voyant dans l’autorité du pape le meilleur appui de l’ordre chrétien.

V

Vassal
Homme libre qui, par l’hommage et le serment de fidélité, s’est donné à un seigneur dont il reçoit un fief. Il lui doit l’aide — militaire, judiciaire et pécuniaire dans les cas prévus par la coutume — et le conseil ; le seigneur lui doit en retour protection et justice. Le manquement grave à ces devoirs constituait la félonie et pouvait entraîner la commise, c’est-à-dire la confiscation du fief.
Vénalité des offices
Système par lequel les charges publiques s’achetaient et se revendaient, institutionnalisé par François Ier avec la création du bureau des parties casuelles en 1522. La paulette, droit annuel établi en 1604 sur la proposition de Charles Paulet, en assura l’hérédité moyennant le versement du soixantième de la valeur de l’office. Expédient financier devenu pilier social, elle donna au royaume une magistrature indépendante et fortunée, mais rendit les officiers inamovibles et l’administration difficile à réformer.