Bibliothèque
Pour aller plus loin
De Bainville à Kantorowicz, des mémorialistes du Grand Siècle aux biographes d’aujourd’hui, voici les livres qui ont nourri ce site. Une bibliothèque idéale, commentée et ordonnée, pour qui veut comprendre en profondeur la monarchie capétienne.
Un site, si ample soit-il, ne remplacera jamais une bibliothèque. Les pages que vous lisez ici doivent tout aux historiens qui, depuis un siècle, ont rendu aux rois de France leur visage et leur grandeur, et aux témoins qui, du temps de saint Louis à celui de Charles X, ont écrit ce qu’ils avaient vu. On trouvera donc ci-dessous, non un catalogue, mais une bibliothèque choisie : chaque ouvrage a été lu, médité, et mérite de figurer sur les rayons de l’honnête homme épris d’histoire de France. Les références d'édition sont données lorsqu’elles sont certaines ; les grands classiques, cent fois réédités, se trouvent aisément en collection de poche.
Histoires générales de la monarchie
Avant d’entrer dans le détail des règnes, il faut embrasser d’un seul regard les huit siècles capétiens. Deux maîtres s’imposent ici, qui ont su faire de l’histoire de France un récit continu et intelligible.
- *Jacques Bainville, Histoire de France, Fayard, 1924*. Le chef-d'œuvre absolu du genre : en un volume d’une densité prodigieuse, Bainville montre comment quarante rois ont fait la France, avec une intelligence politique qui n’a jamais été égalée.
- *Pierre Gaxotte, Histoire des Français, Flammarion*. Moins politique que Bainville, plus attentif aux mœurs, aux terroirs et à la vie profonde du peuple, Gaxotte y déploie une prose d’académicien qui se lit comme un roman.
- *Pierre Gaxotte, La Révolution française, Fayard, 1928*. Le contrepoint nécessaire : une histoire de la chute, écrite sans complaisance pour les vainqueurs de 1789, et qui éclaire par contraste ce que fut l’Ancienne France.
Les dynasties et les règnes
Le règne est la respiration naturelle de la monarchie ; c’est par lui qu’il faut étudier l’institution, règne après règne, comme on suit les chapitres d’une même œuvre.
- *Georges Bordonove, Les Rois qui ont fait la France, Pygmalion*. Une série monumentale qui consacre un volume à chacun des grands souverains, de Hugues Capet à Louis XVIII : l'érudition y est solide, la plume romanesque, et l’ensemble constitue la meilleure porte d’entrée vers chaque règne.
- *François Bluche, Louis XIV, Fayard, 1986*. La grande réhabilitation du Roi-Soleil : Bluche y démonte une à une les légendes noires et restitue le gouvernement, la cour et le siècle avec une maîtrise souveraine.
- *Jean-Christian Petitfils, Louis XIV, Perrin, 2002*. Une synthèse plus ramassée que celle de Bluche, nourrie des recherches les plus récentes, et d’une parfaite clarté d’exposition.
- *Jean-Christian Petitfils, Louis XIII, Perrin, 2008*. Le roi méconnu entre tous, écrasé par l’ombre de Richelieu, retrouve ici sa stature : celle d’un souverain scrupuleux qui fit passer l'État avant son repos.
- *Jean-Christian Petitfils, Louis XVI, Perrin, 2005*. La biographie de référence du roi martyr : ni hagiographie ni réquisitoire, mais le portrait bouleversant d’un roi honnête saisi par la tourmente, appuyé sur les archives et d’une rigueur exemplaire.
- *Pierre Gaxotte, Le Siècle de Louis XV, Fayard, 1933*. Une défense éclatante du Bien-Aimé et de son temps, ce sommet de la civilisation française que le XIXe siècle avait injustement noirci.
Le sacre et la symbolique royale
La royauté française n’est pas une simple magistrature : elle est une liturgie. Trois livres majeurs permettent d’en pénétrer le mystère.
- *Marc Bloch, Les Rois thaumaturges, 1924, réédité chez Gallimard*. Le livre fondateur de toute réflexion sur la royauté sacrée : l'étude du toucher des écrouelles, ce pouvoir guérisseur reconnu aux rois de France, y devient une magistrale histoire des croyances et de la majesté royale.
- *Ernst Kantorowicz, Les Deux Corps du roi, Gallimard*. Paru en anglais en 1957 et traduit depuis, ce classique de l’histoire des idées explore la théologie politique médiévale : le roi a un corps mortel et un corps mystique qui ne meurt jamais — d’où le cri « Le roi est mort, vive le roi ! ».
- *Patrick Demouy, Le Sacre du roi, La Nuée Bleue, 2016*. Par le meilleur connaisseur de Reims et de sa cathédrale, l’histoire complète de la cérémonie du sacre, de la sainte ampoule aux regalia, servie par une iconographie splendide.
Les grandes figures
Rois, reines et saints : la monarchie s’incarne dans des visages, et la biographie demeure le genre roi de l’histoire de France.
- *Jacques Le Goff, Saint Louis, Gallimard, 1996*. Près de mille pages par le grand médiéviste : une enquête totale sur le roi très chrétien, qui se demande jusqu’au vertige comment atteindre l’homme derrière le saint, et qui l’atteint.
- *Régine Pernoud, Aliénor d’Aquitaine, Albin Michel, 1965*. La plus romanesque des reines du XIIe siècle, épouse de deux rois et mère de Richard Cœur de Lion, restituée par celle qui fut l’inlassable avocate du Moyen Âge auprès du grand public.
- *Simone Bertière, Les Reines de France au temps des Valois et Les Reines de France au temps des Bourbons, Éditions de Fallois*. Une galerie incomparable, de Catherine de Médicis à Marie-Antoinette : l’auteur y montre ce que fut réellement le métier de reine, ses servitudes et ses grandeurs.
- *Évelyne Lever, Marie-Antoinette, Fayard, 1991*. Une biographie sensible et documentée de la reine calomniée, qui suit sans faiblir le chemin de Vienne à l'échafaud.
- *Duc de Castries, Louis XVIII, portrait d’un roi***. Par un académicien descendant d’une grande maison de France, le portrait tout en nuances du roi de la Restauration, ce sceptique qui rendit à la France la paix et la prospérité.
La pensée politique de la royauté
La monarchie française s’est pensée elle-même, et ses docteurs comptent parmi les plus grands prosateurs de notre langue.
- *Bossuet, Politique tirée des propres paroles de l'Écriture sainte, 1709*. Composée pour l'éducation du Dauphin et publiée après la mort de l'évêque de Meaux, la somme classique de la royauté chrétienne : le roi y est père, juge et lieutenant de Dieu, tenu par des devoirs plus lourds que ses droits.
- *Joseph de Maistre, Considérations sur la France, 1796*. Écrit dans l’exil, au plus noir de la Terreur finissante, ce livre fulgurant lit la Révolution comme un châtiment providentiel et annonce, contre toute vraisemblance, la restauration du trône.
- *Joseph de Maistre, Du Pape, 1819*. Le grand œuvre du théoricien de la souveraineté : on y comprend pourquoi trône et autel ne se soutiennent qu’ensemble.
- *Chateaubriand, De Buonaparte et des Bourbons, 1814*. Le pamphlet qui, selon Louis XVIII lui-même, valut une armée à la cause royale : la plus éclatante défense de la légitimité jamais sortie d’une plume française.
Toute nation a le gouvernement qu’elle mérite.
Mémoires et sources
Rien ne remplace le contact direct avec les témoins : c’est chez eux que la vieille France respire encore.
- *Jean de Joinville, Vie de saint Louis***. Achevé vers 1309 par le sénéchal de Champagne, compagnon du roi en croisade : le plus émouvant des témoignages, où saint Louis parle, juge et prie sous nos yeux.
- *Philippe de Commynes, Mémoires***. Le conseiller de Louis XI, passé au service du roi après avoir servi le Téméraire, y inaugure l’analyse politique moderne : Machiavel avant Machiavel, mais chrétien.
- *Saint-Simon, Mémoires, Gallimard, collection « Bibliothèque de la Pléiade »*. Le prodigieux théâtre de Versailles sous Louis XIV et la Régence : partial, vindicatif, injuste souvent, mais le plus grand peintre de cour de toute notre littérature.
- *Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, 1849-1850*. Publiés au lendemain de sa mort, les mémoires du dernier grand serviteur des Bourbons : la chute de la monarchie y devient l’une des plus hautes méditations de la langue française sur le temps, la fidélité et la grandeur.
Cette liste n'épuise pas le sujet — elle l’ouvre. Que le lecteur commence par Bainville pour le regard d’ensemble, poursuive avec Petitfils ou Bluche pour un règne, s’attarde chez Bloch et Kantorowicz pour le mystère du sacre, et finisse ses soirées avec Saint-Simon : il aura, mieux que par dix manuels, compris ce qu’est la monarchie française.