Il y avait sept prisonniers dans la Bastille le 14 juillet 1789. Quatre faussaires, deux malades mentaux, et un jeune noble que sa propre famille avait fait enfermer. La forteresse était par ailleurs promise à la démolition depuis plusieurs années, pour raisons d'économie.
Ce qu’on raconte
La prise de la Bastille aurait délivré une foule de victimes du despotisme, croupissant dans des cachots humides sans avoir été jugées.
Ce que disent les sources
Le registre d'écrou donne la liste, et elle est courte. Sept détenus :
Quatre faussaires — Béchade, La Corrège, Pujade et Laroche —, incarcérés pour une affaire de lettres de change et remis à la justice ordinaire dès le lendemain. Deux aliénés, Whyte de Malleville et Tavernier, transférés à l’asile de Charenton parce qu’ils étaient hors d'état de vivre libres. Et le comte de Solages, jeune noble enfermé quatre ans plus tôt sur lettre de cachet obtenue par son propre père, pour une affaire de mœurs.
Ni Latude, sorti depuis longtemps, ni le masque de fer, mort en 1703, ni aucun philosophe. Voltaire y avait séjourné, mais soixante-treize ans plus tôt.
Quant au régime de détention, les archives le décrivent : les prisonniers de la Bastille avaient leurs meubles, leurs livres, souvent leur domestique ; ils recevaient des visites et une table réputée. C'était une prison de privilégiés, coûteuse, et c’est précisément pourquoi le gouvernement voulait s’en défaire.
Un projet de démolition avait été présenté en 1784 par l’architecte Corbet, qui proposait de remplacer la forteresse par une place ornée d’une statue de Louis XVI. Le ministère y songeait pour des raisons budgétaires : la Bastille coûtait cher et ne servait plus.
D’où vient la légende
De la nécessité. Une insurrection a besoin d’un symbole, et une forteresse médiévale dominant un quartier populaire en était un parfait. Les vainqueurs promenèrent les sept libérés dans Paris, et deux fous portés en triomphe firent une image saisissante.
La véritable raison de l’assaut, d’ailleurs, n'était pas de libérer qui que ce soit : la foule venait chercher la poudre entreposée là, après avoir pris les fusils aux Invalides le matin même.
Ce qu’il faut en retenir
La Bastille était un symbole, et les symboles n’ont pas besoin d'être exacts pour être efficaces. Ce que le 14 juillet a réellement emporté n’est pas une geôle pleine, c’est l’idée qu’une forteresse royale pouvait tenir contre Paris.
Cela suffisait, et cela suffit encore à en faire une date.