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Royaume de FranceMontjoie ! Saint Denis !

Idée reçue

Le pouvoir absolu était un pouvoir arbitraire

Verdict : Faux

Absolu ne veut pas dire arbitraire. Le roi de France était délié des lois qu’il faisait lui-même, mais lié par celles qu’il n’avait pas faites : les lois fondamentales du royaume, qu’il ne pouvait ni changer ni suspendre, et qui l’empêchaient de choisir son successeur, d’abdiquer ou d’aliéner le domaine.

Ce qu’on raconte

L’absolutisme serait le pouvoir sans limite : le roi décide, et rien ne le retient. Le despotisme oriental transplanté à Versailles.

Ce que disent les sources

Les juristes du royaume ont passé trois siècles à dire le contraire, et la formule qui court chez eux mérite d'être citée : le roi de France peut tout ce qu’il veut, mais il ne veut que ce qu’il peut.

Ce qu’il ne pouvait pas est considérable.

Il ne pouvait pas choisir son successeur : la couronne allait à l’aîné mâle par ordre de primogéniture, sans testament possible. Louis XIV essaya d’y déroger en faveur de ses bâtards légitimés ; le parlement cassa son testament quinze jours après sa mort.

Il ne pouvait pas abdiquer : la couronne n'était pas sa propriété, il n’en avait que l’usage.

Il ne pouvait pas aliéner le domaine de la couronne, inaliénable et imprescriptible depuis l'édit de Moulins de 1566.

Il ne pouvait pas changer de religion : la catholicité du roi devint loi fondamentale à l’issue des guerres de Religion, et c’est pourquoi Henri IV dut se convertir pour régner.

À quoi s’ajoutaient les coutumes des provinces, les privilèges des villes et des corps, les libertés de l'Église gallicane, et le droit de remontrance des parlements. Chaque province entrée dans le royaume l’avait fait sous conditions — la Bretagne par contrat, la Provence « comme un principal à un principal », l’Alsace en gardant ses deux religions.

D’où vient la légende

De la Révolution, qui avait besoin de peindre en despotisme ce qu’elle renversait. Et de Montesquieu, qui distinguait la monarchie — gouvernement d’un seul selon des lois fixes — du despotisme — gouvernement d’un seul sans loi ni règle. La postérité a confondu les deux, ce que Montesquieu se gardait bien de faire.

Ce qu’il faut en retenir

L’absolutisme fut une doctrine de concentration, non d’arbitraire : il s’agissait d'ôter le pouvoir aux grands, aux parlements et aux provinces pour le rendre au roi seul. C’est autre chose que de n’avoir aucune limite.

La preuve par l'échec : quand Louis XVI voulut imposer l'égalité fiscale, il ne le put pas. Un despote l’aurait pu.