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Province · Bastia, puis Ajaccio

La Corse

L'île achetée à Gênes un an avant la naissance de Bonaparte

Capitale : Bastia, puis AjaccioRéunie à la couronne : 1768

La Corse est la dernière province entrée dans le royaume, et elle y est entrée quinze mois avant que ne naisse à Ajaccio l’homme qui allait le détruire. Gênes, incapable de mater une insurrection vieille de quarante ans, vendit ses droits à Louis XV en 1768 ; Napoléon Bonaparte naquit français le 15 août 1769.

Carte gravée de l’île de Corse par Thomas Jefferys, 1794
Thomas Jefferys, A New Map of the Island and Kingdom of Corsica, 1794. Aucune carte de l’île ne figure dans l’atlas de Bonne, la Corse n’étant française que depuis 1768.

Génoise depuis le XIVe siècle, la Corse n’avait jamais accepté cette domination. La révolte ouverte commença en 1729 et ne s'éteignit plus. En 1755, les insurgés se donnèrent un chef, Pascal Paoli, et une constitution.

La république de Paoli

Cette constitution mérite qu’on s’y arrête. Rédigée en 1755, elle instituait la séparation des pouvoirs, une diète élue, un exécutif responsable — et accordait le droit de vote aux femmes chefs de famille, ce qu’aucun État d’Europe ne faisait. Rousseau, qui en avait connaissance, écrivit dans le Contrat social qu’il pressentait que cette petite île étonnerait un jour l’Europe.

Paoli fonda une université à Corte, frappa monnaie, créa une marine. La république corse fonctionna quatorze ans.

Le traité de Versailles

Gênes, ruinée par la guerre, céda le 15 mai 1768 ses droits sur l'île à Louis XV — juridiquement, une mise en gage contre remboursement de dettes, en fait une vente. La France envoya vingt mille hommes.

Paoli fut écrasé à Ponte-Novu le 9 mai 1769 et s’exila en Angleterre. Trois mois plus tard, le 15 août, naissait à Ajaccio le fils d’un avocat qui avait été son secrétaire : Napoléon Bonaparte.

Une province ménagée

Louis XV traita l'île avec prudence : elle garda ses statuts civils et criminels, obtint des états provinciaux en 1770, et fut exemptée de la gabelle et de la taille. Le régime français y fut moins lourd que le génois, ce qui explique qu’il se soit consolidé assez vite.

Ce qu’elle est aujourd’hui

La Corse forme la Haute-Corse et la Corse-du-Sud, réunies depuis 2018 dans une collectivité unique au statut particulier — la seule de France métropolitaine à disposer d’une assemblée dotée de pouvoirs propres.

La constitution de Paoli, elle, n’a jamais cessé d'être revendiquée : l'île la tient pour la première constitution démocratique moderne, antérieure de vingt et un ans à celle des États-Unis.