Deux choses ont fait la Champagne : ses foires, qui furent au XIIIe siècle la place financière de l’Europe, et sa cathédrale, où l’on sacrait les rois de France. La province a donné au royaume sa richesse d’un temps et sa liturgie de toujours.
Placée entre la Flandre drapière et l’Italie marchande, la Champagne devint au XIIe siècle le carrefour du grand commerce européen. Ses comtes eurent l’intelligence d’y organiser six foires annuelles, à Lagny, Bar-sur-Aube, Provins et Troyes, et de garantir aux marchands la sécurité des routes et l’exécution des contrats.
Les foires de Champagne
Ces foires ne furent pas seulement un marché mais une institution financière : on y compensait les dettes, on y changeait les monnaies, on y inventa les instruments du crédit que l’Italie perfectionnerait. La livre de Troyes servit d'étalon, et le poids de Troie — la troy ounce — pèse encore aujourd’hui l’or sur les marchés de Londres et de New York.
Le déclin vint au XIVe siècle, quand les Génois ouvrirent la route maritime de Flandre et que la guerre ferma les chemins de terre.
Le comté entre dans le royaume
Thibaut V mourut sans fils ; sa nièce Jeanne, héritière du comté et du royaume de Navarre, fut mariée en 1284 au futur Philippe le Bel. Leurs trois fils régnèrent successivement, si bien que le comté fut administré avec la couronne sans être formellement incorporé ; la réunion définitive n’intervint qu’en 1361, à la mort du dernier duc de Bourgogne de la première maison.
Reims
Le fait majeur de la province est ailleurs. Depuis le baptême de Clovis, Reims était le lieu du sacre : trente-trois rois de France y furent oints entre 1027 et 1825. La ville détenait la sainte ampoule, gardée à Saint-Remi, et son archevêque, premier pair ecclésiastique du royaume, avait le droit de couronner.
Aucune autre province ne peut se dire à ce point associée à la royauté, et c’est en Champagne que Jeanne d’Arc conduisit Charles VII en 1429 pour faire de lui un vrai roi.
Ce qu’elle est aujourd’hui
La Champagne recouvre les Ardennes, l'Aube, la Marne et la Haute-Marne, et déborde sur l'Aisne, la Meuse, la Seine-et-Marne — la Brie champenoise — et l'Yonne.
Le vin qui porte son nom est plus récent que la province : la méthode champenoise ne s’impose qu’au XVIIIe siècle, et l’aire d’appellation, délimitée entre 1908 et 1927, ne couvre qu’une petite part de l’ancien comté.