Aller au contenu
Royaume de FranceMontjoie ! Saint Denis !

Idée reçue

La loi salique fut inventée pour écarter les femmes

Verdict : Vrai, mais

La règle est venue avant sa justification. En 1316 puis en 1328, on écarta les femmes du trône par nécessité politique et sans invoquer aucun texte ; ce n’est qu’un demi-siècle plus tard, la guerre de Cent Ans commencée, que les juristes exhumèrent un code franc du VIe siècle pour donner à ce fait l’apparence d’un droit immémorial.

Ce qu’on raconte

Une loi antique et vénérable, la loi salique, aurait de tout temps interdit aux femmes la couronne de France.

Ce que disent les sources

La loi salique existe : c’est le Pactus legis Salicae, code des Francs Saliens rédigé vers 510 sous Clovis. C’est un recueil de droit privé et pénal — tarif des amendes pour vol de porc, blessure, meurtre. Son titre 59, De alodis, dispose qu’aucune part de la terre ancestrale ne revient aux femmes.

Ce texte ne dit pas un mot de la couronne, et pour cause : les Francs n’avaient pas de couronne au sens où on l’entendra ensuite, et le royaume se partageait entre les fils comme un patrimoine.

L’exclusion des femmes se décide bien plus tard, et sans lui. En 1316, à la mort de Louis X, sa fille Jeanne est écartée au profit de son oncle Philippe V — l’assemblée réunie invoque l’intérêt du royaume, non un texte. En 1328, à la mort de Charles IV, on écarte cette fois la transmission par les femmes, pour empêcher Édouard III d’Angleterre, petit-fils de Philippe le Bel par sa mère, de prétendre au trône.

Ce n’est que vers 1358, puis surtout après 1380, que des juristes — Richard Lescot à Saint-Denis, puis Jean de Montreuil — retrouvent le vieux code franc et l’invoquent. La guerre était commencée ; il fallait un fondement.

D’où vient la légende

De la réussite même de l’opération. Une fois posée, la loi salique fut si utile que nul ne la discuta plus : elle devint la première des lois fondamentales du royaume, et l’un des piliers de la monarchie française jusqu’en 1830.

Ce qu’il faut en retenir

L’invention n’est pas la fabrication d’un faux : le texte est authentique, seule son application au trône est une extrapolation. C’est un cas d'école de la manière dont les sociétés se donnent après coup des raisons anciennes pour des décisions récentes.

Et il faut ajouter ceci : la règle a été, paradoxalement, un facteur de stabilité. En rendant la succession automatique et non négociable, elle a épargné à la France les guerres de succession qui ont déchiré l’Angleterre, l’Espagne et l’Empire.