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Royaume de FranceMontjoie ! Saint Denis !

Idée reçue

Tous les nobles étaient riches

Verdict : Faux

Sur les quelque cent-vingt mille nobles que comptait la France à la veille de la Révolution, une poignée vivait à Versailles. L’immense majorité étaient des hobereaux de province, dont beaucoup étaient plus pauvres que le laboureur aisé de leur village — et le savaient.

Ce qu’on raconte

Le noble, c’est le courtisan poudré, le château, la meute, les carrosses et les dettes de jeu. L’image vient de Saint-Simon et n’a jamais été remplacée.

Ce que disent les sources

Les dénombrements et les rôles de capitation donnent une tout autre image. La noblesse française représentait environ 1,5 % de la population, soit entre cent-vingt et trois-cent-cinquante mille personnes selon la définition retenue — et elle était d’une extrême diversité de fortune.

Au sommet, quelques centaines de familles présentées à la cour, avec des revenus de plusieurs centaines de milliers de livres. En dessous, la noblesse de robe, souvent la plus riche, enrichie par les charges et la terre. Puis, très loin en dessous, la masse : les gentilshommes campagnards, dont le revenu tournait autour de mille à quatre mille livres — de quoi vivre sans travailler de ses mains, à peine.

Et sous eux encore, des nobles réellement pauvres. En Bretagne, où la noblesse était la plus nombreuse du royaume, on trouve dans les réformations des gentilshommes tenant la charrue eux-mêmes, dont l’unique bien était une métairie et un vieux manoir sans toit. Le mot hobereau — du petit faucon — les désigne avec une pointe de mépris.

La monarchie dut d’ailleurs organiser leur secours : l'École royale militaire, fondée par Louis XV en 1751, était destinée aux fils de gentilshommes pauvres, et Napoléon Bonaparte y fut admis à ce titre.

D’où vient la légende

De la littérature, qui n’a retenu que la cour, et du fait que les nobles pauvres n’ont pas écrit. La dérogeance — perte de noblesse pour qui exerçait un métier vil — les obligeait à une pauvreté digne, sans commerce ni artisanat : ils pouvaient être pauvres, non travailleurs.

C’est de cette petite noblesse déclassée que sortiront, selon les régions, les cadres de l'émigration et ceux de la chouannerie — mais aussi bon nombre d’officiers de la Révolution et de l’Empire.

Ce qu’il faut en retenir

La noblesse n'était pas une classe économique, c'était un statut juridique. On pouvait être noble et misérable, roturier et immensément riche — un fermier général valait cent gentilshommes bretons.

C’est d’ailleurs cette contradiction qui rendait le privilège insupportable : il ne récompensait plus une fonction ni une fortune, mais une naissance.