Aller au contenu
Royaume de FranceMontjoie ! Saint Denis !

Idée reçue

Les paysans étaient des serfs

Verdict : Faux

À la veille de 1789, moins d’un pour cent des Français étaient serfs, et Louis XVI avait aboli le servage sur ses propres terres dix ans plus tôt. Les paysans français possédaient en propre près du tiers du sol du royaume — proportion sans équivalent dans l’Europe du temps.

Ce qu’on raconte

Le paysan de l’Ancien Régime serait un serf attaché à la glèbe, propriété de son seigneur, sans terre ni recours.

Ce que disent les sources

Le servage a existé, et longtemps. Mais il avait presque disparu bien avant la Révolution : les affranchissements des XIIe et XIIIe siècles, puis les besoins d’argent des seigneurs, l’avaient dissous. En 1789, on estime qu’il subsistait environ cent-cinquante mille mainmortables sur vingt-huit millions de Français — soit un demi pour cent —, concentrés en Franche-Comté, dans le Nivernais et une partie de la Bourgogne.

Louis XVI l’abolit sur les terres du domaine royal par l'édit d’août 1779, en invitant les seigneurs à l’imiter et en supprimant le droit de suite qui permettait de poursuivre un serf enfui.

Quant à la propriété, elle était largement paysanne. Les évaluations des historiens situent la part du sol détenue en propre par les paysans entre un tiers et quarante pour cent du territoire — le reste se partageant entre la noblesse, le clergé, la bourgeoisie et les communaux. En Angleterre au même moment, les enclosures avaient dépouillé la paysannerie ; en Prusse et en Russie, le servage restait la règle.

D’où vient la légende

De la confusion entre le servage et les droits seigneuriaux, qui eux subsistaient bel et bien : cens, champart, banalités du four et du moulin, corvées, droits de justice. Ces charges pesaient sur la terre, non sur la personne. Un paysan pouvait posséder son champ, le vendre, le léguer — et devoir néanmoins une redevance au seigneur du lieu.

De la Révolution ensuite, qui avait intérêt à présenter comme une libération ce qui fut d’abord une abolition de charges. Et de Michelet, qui a peint le paysan de 1789 en esclave affranchi.

Ce qu’il faut en retenir

Le paysan français de 1789 n'était ni un serf ni un propriétaire tranquille : c'était un petit propriétaire écrasé de charges. Les cahiers de doléances le disent avec une précision remarquable — ils réclament la suppression des droits féodaux, de la gabelle, des corvées, et presque jamais la liberté personnelle.

Ils ne demandaient pas à être affranchis. Ils demandaient à être allégés.