La Bretagne n’a pas été conquise : elle a négocié. L'édit d’union de 1532 est un contrat, arraché par les états du duché, qui garantissait ses lois, ses états et ses impôts. Deux siècles et demi durant, la province s’en est servie comme d’un bouclier — et la Révolution, en l’abolissant d’un trait, s’est fait là des ennemis pour longtemps.
Le dernier duché indépendant de l’Ouest tomba non par les armes, mais par deux mariages et un contrat. C’est une histoire de droit autant que de puissance, et la Bretagne n’a jamais cessé de rappeler qu’elle était entrée dans le royaume à ses conditions.
Deux mariages et un édit
Anne de Bretagne, héritière du duché à onze ans, fut mariée en 1491 à Charles VIII, puis en 1499 à son successeur Louis XII — le contrat de son premier mariage stipulant qu’en cas de veuvage elle épouserait le roi suivant, pour que le duché ne s'échappât pas. Elle mourut en 1514 ; sa fille Claude de France épousa François Ier et lui céda ses droits.
Restait à consommer l’union. Les états de Bretagne, réunis à Vannes en août 1532, la demandèrent eux-mêmes — moyennant garanties. L'édit d’union, enregistré le mois suivant, promettait le maintien des droits, libertés et privilèges du pays, l’obligation de réunir les états pour tout impôt nouveau, et l’interdiction de tirer un Breton hors de sa province pour être jugé.
La Bretagne n’a donc pas été annexée : elle s’est unie. La distinction n’est pas rhétorique. Elle fonda deux siècles et demi de contentieux, où les états invoquèrent l'édit chaque fois que la couronne tentait d’y déroger.
Les états et le parlement
Les états de Bretagne furent, avec ceux du Languedoc, les plus vivaces du royaume. Ils se réunissaient tous les deux ans, votaient le « don gratuit » qu’ils marchandaient âprement, et administraient eux-mêmes les routes et les ports. La province échappait à la gabelle — le sel y était libre —, privilège qui faisait de ses frontières une ligne de contrebande permanente vers le Maine et l’Anjou.
Le parlement, créé en 1554 et fixé à Rennes en 1561, cumulait justice et politique. Il s’opposa si durement à l’autorité royale que Louis XV l’exila à Vannes de 1765 à 1769, lors de l’affaire La Chalotais, qui passionna toute la France et fit du procureur général un héros de l’opinion.
Le prix des révoltes
Deux soulèvements ont marqué la mémoire de la province. La révolte du papier timbré, en 1675, souleva les villes contre de nouvelles taxes, puis les campagnes de Basse-Bretagne sous le nom de révolte des Bonnets rouges ; la répression fut féroce, des clochers abattus, des paysans pendus aux arbres des routes. La conspiration de Pontcallec, en 1720, où quatre gentilshommes furent décapités à Nantes pour avoir comploté contre le Régent au nom des libertés bretonnes, laissa une complainte que l’on chantait encore au XIXe siècle.
Ce qu’elle est aujourd’hui
La Bretagne historique comptait cinq départements : les Côtes-du-Nord devenues Côtes-d’Armor, le Finistère, l'Ille-et-Vilaine, le Morbihan et la Loire-Inférieure devenue Loire-Atlantique.
C’est ce cinquième qui fait débat. En 1941, le régime de Vichy détacha la Loire-Inférieure de la Bretagne pour former une région autour de Nantes ; le découpage fut confirmé en 1956, et Nantes — capitale des ducs, ville où naquit l'édit de Nantes — se trouve aujourd’hui en Pays de la Loire. La question du rattachement revient dans le débat public à chaque réforme territoriale.