Le Nivernais est l’une des rares provinces que la France doit à une transaction privée. Mazarin acheta le duché en 1659 pour le donner à sa famille, et ses neveux Mancini le tinrent jusqu'à la Révolution. Le pays vivait de ses forges, de ses bois flottés vers Paris et d’une faïence que l’Italie y avait apportée.
Comté dès le Xe siècle, érigé en duché en 1538, le Nivernais fut tenu par des maisons successives — Clèves, puis Gonzague — sans jamais devenir un enjeu majeur. Sa richesse venait de sa situation : la Loire y est navigable, et les forêts du Morvan pouvaient descendre jusqu'à Paris.
La faïence et les forges
Les ducs de Gonzague, venus de Mantoue en 1565, firent venir des faïenciers italiens. La faïence de Nevers, bleue et blanche puis polychrome, devint au XVIIe siècle l’une des plus réputées d’Europe ; on l’imita partout.
Le pays fournissait aussi le fer. Les forges de la Nièvre et de la Loire alimentaient l’artillerie royale, et Guérigny devint sous Louis XV la principale fonderie d’ancres et de canons de la marine.
Le flottage du bois enfin, inventé au XVIe siècle, faisait descendre par l’Yonne et la Seine les bûches du Morvan jusqu'à Paris, qui s’en chauffait. Des trains de bois entiers, assemblés à Clamecy, arrivaient à Bercy après quinze jours de voyage.
L’achat de Mazarin
En 1659, Mazarin acheta le duché aux Gonzague pour neuf cent mille livres. Il le destinait à sa parenté : son neveu Philippe Mancini le reçut, et la famille le conserva jusqu’en 1789. La province fut réunie au gouvernement royal en 1669.
C’est l’un des derniers exemples d’un grand fief passant de main en main comme un bien ordinaire, à une époque où la couronne s’employait partout ailleurs à les absorber.
Ce qu’il est aujourd’hui
Le Nivernais forme la Nièvre, avec des franges du Cher et de l'Allier. Le Morvan, qui en occupe l’est, est resté longtemps l’un des pays les plus pauvres de France — et fournit à Paris, du XVIIIe au XXe siècle, la plupart de ses nourrices.