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Principal ministre d’Anne d’Autriche et de Louis XIV · 1602-1661

Le cardinal Mazarin

L’Italien qui donna un roi à la France

Rôle : Principal ministre d’Anne d’Autriche et de Louis XIVDates : 1602-1661

Il fut le plus détesté des ministres et le plus habile. Sous les libelles, les barricades et les exils, Jules Mazarin garda l'État d’une main patiente et rendit à Louis XIV un royaume agrandi, pacifié et prêt à la gloire. Sa véritable œuvre porte un nom : le Roi-Soleil.

Un diplomate romain au service du roi de France

Giulio Mazzarini naît le 14 juillet 1602 à Pescina, dans les Abruzzes, d’un intendant sicilien au service des Colonna. Élevé chez les jésuites de Rome, étudiant à Alcalá en Espagne, capitaine dans les troupes pontificales, il n’est ni prêtre ni religieux : jamais il ne le sera, n’ayant reçu que les ordres mineurs. Ce laïc en soutane est d’abord un diplomate de génie.

La France le découvre à Casal, en octobre 1630, lorsque le jeune envoyé du pape se jette entre deux armées prêtes à s’entretuer en criant la paix : il vient d’arracher la trêve qui deviendra le traité de Cherasco. Richelieu, qui reconnaît les hommes, ne l’oublie plus. Nonce extraordinaire à Paris de 1634 à 1636, écarté par l’Espagne, Mazarin choisit alors la France : naturalisé français en 1639, il entre au service du roi, obtient de Richelieu mourant le chapeau de cardinal en décembre 1641, et se trouve, à la mort du grand ministre, désigné par Louis XIII lui-même pour le conseil de régence.

Le roi meurt le 14 mai 1643. Anne d’Autriche, contre toute attente, écarte le parti dévot qui la croyait acquise et confirme l’Italien comme principal ministre. Cinq jours plus tard, à Rocroi, le duc d’Enghien brise les tercios espagnols. Le règne commence par une victoire ; il continuera par vingt ans de guerre et de négociation.

Westphalie, ou la paix de l’Europe

L'œuvre diplomatique de Mazarin est la plus considérable qu’un ministre français ait jamais accomplie. Les traités signés à Münster et Osnabrück le 24 octobre 1648 ferment la guerre de Trente Ans : ils confirment à la France les Trois-Évêchés — Metz, Toul et Verdun —, lui donnent les droits des Habsbourg en Alsace et la place de Brisach, et surtout établissent un ordre européen fondé sur l'équilibre, où l’Empire cesse d'être une menace. Le roi de France y devient l’arbitre du continent.

Restait l’Espagne, qui refusa de traiter en 1648 parce qu’elle espérait de la Fronde l’effondrement de la France. Il fallut onze années de plus, l’alliance anglaise et la victoire des Dunes en 1658 pour l’y contraindre. Le 7 novembre 1659, dans l'île des Faisans, sur la Bidassoa, le traité des Pyrénées donne au roi le Roussillon et la Cerdagne, l’Artois et des places en Flandre, en Hainaut et en Luxembourg, et scelle la réconciliation par le mariage de Louis XIV avec l’infante Marie-Thérèse. Mazarin avait négocié en personne, vingt-quatre conférences durant, avec don Luis de Haro. Il rentrait en France ayant obtenu ce que Richelieu n’avait pu qu’espérer : une frontière au sud, une brèche au nord, et la prééminence.

La Fronde surmontée

Le prix de ces triomphes fut l’impôt, et l’impôt fit la révolte. Dès 1648, le Parlement de Paris refuse les édits fiscaux ; l’arrestation du conseiller Broussel soulève la ville, et la nuit du 26 au 27 août dresse plus de mille barricades. C’est la Fronde parlementaire, bientôt suivie de la Fronde des princes, où Condé, vainqueur de Rocroi, tourne son épée contre le roi qu’il avait sauvé.

Six années durant, l’enfant-roi connaît la fuite nocturne de Saint-Germain en janvier 1649, l’humiliation des Parisiens venus vérifier son sommeil, les provinces en armes, le canon de la Bastille tiré sur ses troupes par la Grande Mademoiselle. Le cardinal, contre qui les mazarinades déversent des milliers de pamphlets — les plus ordurières de notre littérature —, doit s’exiler deux fois, en 1651 puis en 1652, et gouverne de Brühl par courrier. Il revient en février 1653, plus puissant qu’avant. Il n’avait pas combattu : il avait laissé la révolte se dévorer elle-même, divisant les princes, achetant les uns, lassant les autres, comptant sur l’horreur du désordre.

Le royaume en sortit convaincu qu’il n’y a de repos que dans l’obéissance au roi. Louis XIV, lui, en garda pour toujours la défiance des grands, des parlements et de Paris. La Fronde a fait Versailles.

Le maître du jeune roi

Car c’est là l’essentiel. Tandis qu’il négociait et manœuvrait, Mazarin formait un roi. Il fit asseoir l’enfant au conseil, lui expliqua les dépêches, l’emmena aux armées, lui apprit le secret, la dissimulation nécessaire, l’art de choisir les hommes — et lui donna pour intendant de sa propre maison un commis obscur nommé Jean-Baptiste Colbert. Il exigea de lui, en 1659, le sacrifice de son amour pour Marie Mancini, sa propre nièce, au profit du mariage espagnol : leçon d'État dont Louis XIV, dans ses Mémoires, dira ce qu’elle lui coûta.

À sa mort, le roi rendit à son parrain politique l’hommage le plus mesuré et le plus sûr :

J’ai attendu à vous parler de mes affaires pour vous en entretenir tous ensemble : il est temps que je les gouverne moi-même. Vous m’aiderez de vos conseils quand je vous les demanderai.

Louis XIV aux secrétaires d'État, 10 mars 1661

Le lendemain de la mort de Mazarin, le règne personnel commençait : c'était le meilleur certificat de son préceptorat.

Les livres et les Quatre-Nations

Ce ministre couvert d’or — sa fortune, la plus grande de son siècle, fut amassée sans scrupule excessif — a laissé à la France mieux que des places fortes. Dès 1643, sur les conseils de son bibliothécaire Gabriel Naudé, il ouvre au public, deux jours par semaine, sa bibliothèque de quarante mille volumes : la première bibliothèque publique du royaume. La Fronde la fit vendre à l’encan en 1652 ; Mazarin en racheta patiemment les épaves et la reconstitua. Elle vit toujours, quai de Conti, sous le nom de Bibliothèque Mazarine.

Son testament fonda le collège des Quatre-Nations, destiné à instruire soixante boursiers nés dans les provinces que ses traités avaient données au roi : Alsace, Flandre et Artois, Roussillon, Pignerol. Le Vau en dessina la coupole face au Louvre, de l’autre côté du fleuve. Le collège est mort avec l’Ancien Régime ; le bâtiment abrite l’Institut de France, et l’Académie française y siège sous la coupole du cardinal. Il n’est pas de meilleure image de son legs : un étranger qui aima la France assez pour lui donner ses frontières, ses livres et son roi.

Il s'éteint à Vincennes le 9 mars 1661, à cinquante-huit ans, entouré de ses toiles et de ses diamants qu’il regardait, dit-on, en murmurant qu’il fallait quitter tout cela. La France ne le pleura point. Elle vécut cent cinquante ans sur ce qu’il lui avait laissé.

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