La France était vaincue, occupée, et l’Europe avait vingt-trois ans de guerres à lui faire payer. Elle en sortit avec ses frontières, son roi et sa place au concert des nations. Ce résultat, presque inespéré, tint à la restauration des Bourbons : les vainqueurs faisaient la paix avec un roi légitime, non avec l’usurpateur qu’ils avaient combattu.
Le traité du 30 mai 1814
Napoléon a abdiqué le 6 avril ; Louis XVIII est rentré. Les alliés, entrés dans Paris, se montrent d’une modération qui étonna les contemporains.
La France conserve ses frontières du 1er janvier 1792, plus étendues que celles de 1789 : elle garde une partie de la Savoie, Avignon et le Comtat, Montbéliard, Mulhouse. Elle ne paie aucune indemnité, ne subit aucune occupation, et conserve les œuvres d’art rassemblées au Louvre.
Cette générosité s’explique. Talleyrand avait convaincu les alliés que leur ennemi était Napoléon, non la France, et que seule une monarchie restaurée pouvait garantir la paix. Punir la France, c’eût été fragiliser le roi qu’on venait d’y remettre.
Les Cent-Jours et le traité du 20 novembre 1815
Le retour de Napoléon changea tout. Après Waterloo, les alliés furent beaucoup plus durs.
La France est ramenée aux frontières de 1790 : elle perd la Savoie, Landau, Sarrelouis, Philippeville. Elle doit payer sept cents millions de francs d’indemnité, subir l'occupation de dix-sept places fortes par cent cinquante mille hommes pendant trois à cinq ans, et restituer les œuvres d’art enlevées dans toute l’Europe.
Le congrès de Vienne
Entre les deux, le congrès de Vienne avait réorganisé l’Europe. Talleyrand y accomplit un tour de force : arrivé comme représentant d’un pays vaincu, sans droit de siéger au comité des grandes puissances, il s’y fit admettre en invoquant le principe de légitimité — celui-là même qui fondait le retour des Bourbons.
La France sortit du congrès comme l’une des cinq puissances qui allaient gouverner l’Europe pendant un demi-siècle.
Ce qu’il faut en retenir
Ces traités sont la dernière œuvre diplomatique de la monarchie française, et l’une des plus habiles.
Un pays qui avait tenu l’Europe en guerre pendant une génération et l’avait presque toute occupée s’en tirait, la seconde fois même, avec une indemnité payée en trois ans et une frontière à peine entamée. Le prix de la légitimité fut là tout entier : les rois d’Europe pouvaient traiter avec un roi.
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