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Royaume de FranceMontjoie ! Saint Denis !

Maison royale · 1589 – 1830

Les Bourbons

Du panache blanc d’Henri IV aux derniers feux de la Restauration, la dynastie qui porta la France au sommet de sa puissance et de sa civilisation

Fondateur : Henri IVDernier roi : Charles X

En 1589, un prince de Navarre monte sur le trône le plus illustre de la chrétienté. Pendant plus de deux siècles, les Bourbons vont porter la France à un sommet de puissance et de rayonnement que l’Europe entière lui enviera. Récit d’une dynastie qui se confond avec la grandeur française.

Lorsque Henri III expire à Saint-Cloud, le 2 août 1589, frappé par le couteau de Jacques Clément, la couronne de France échoit à un prince huguenot que la moitié du royaume refuse de reconnaître. Nul avènement ne fut plus improbable ; nulle dynastie, pourtant, ne devait porter la France si haut. Pendant plus de deux siècles, cinq rois — Henri IV, Louis XIII, Louis XIV, Louis XV, Louis XVI — allaient donner à la monarchie capétienne son visage le plus achevé, avant que la tourmente révolutionnaire n’interrompe, sans parvenir à l'éteindre, la plus ancienne maison souveraine d’Europe.

Un rameau de l’arbre de saint Louis

Les Bourbons ne sont pas des parvenus de la couronne : ils descendent en ligne masculine directe de Robert de Clermont, sixième fils de Saint Louis, qui épousa vers 1272 Béatrice de Bourgogne, héritière de la seigneurie de Bourbon. Leur fils Louis reçut en 1327 le titre de duc de Bourbon, et la maison s’enracina au cœur du royaume, donnant à la France des connétables, des gouverneurs et des princes du sang. Par la branche de Vendôme, elle aboutit à Antoine de Bourbon, qui épousa en 1548 Jeanne d’Albret, reine de Navarre : de cette union naquit à Pau, en 1553, le futur Henri IV.

Quand le duc d’Anjou, dernier frère d’Henri III, mourut en 1584, la loi salique désigna sans appel ce cousin au vingt et unième degré comme héritier présomptif du trône. Mais Henri de Navarre était protestant, et la Ligue catholique, soutenue par l’Espagne, jura de lui barrer la route. Il fallut la guerre dite des trois Henri, puis le régicide de 1589, pour que la question fût posée dans toute sa gravité : la France aurait-elle un roi hérétique ?

Le panache blanc

Henri IV répondit en soldat et en politique. Vainqueur à Arques en 1589, à Ivry en 1590, il comprit cependant que la France catholique ne se donnerait jamais tout entière à un roi séparé de l'Église. Le 25 juillet 1593, dans la basilique Saint-Denis, il abjura solennellement le protestantisme — démarche que la tradition a résumée dans le mot fameux, sans doute apocryphe, « Paris vaut bien une messe ». Sacré à Chartres le 27 février 1594, Reims étant aux mains des ligueurs, il entra dans sa capitale le 22 mars suivant, acclamé par un peuple las de trente ans de guerres civiles.

L’année 1598 couronna l'œuvre de pacification : la paix de Vervins ferma la guerre contre l’Espagne, et l'édit de Nantes, signé en avril, accorda aux protestants la liberté de conscience et un culte réglé, tout en restaurant partout la religion catholique. Avec son fidèle Sully, le roi releva les finances, protégea « labourage et pâturage », perça routes et canaux, rendit au royaume une prospérité oubliée. Le 14 mai 1610, le couteau de Ravaillac abattit rue de la Ferronnerie le plus populaire des rois de France ; mais la dynastie était fondée, et le peuple pleura longtemps son « bon roi Henri ».

Louis XIII et le cardinal : la raison d'État

Le règne de Louis XIII s’ouvrit par la régence de Marie de Médicis et les intrigues des favoris, jusqu’au coup de majesté de 1617 par lequel le jeune roi prit le pouvoir. La rencontre décisive eut lieu en 1624, lorsque le cardinal de Richelieu entra au Conseil : entre ce roi scrupuleux et ce ministre de génie se noua l’une des plus fécondes collaborations de notre histoire. Ensemble, ils réduisirent le parti protestant comme puissance politique — la chute de La Rochelle, le 28 octobre 1628, en fut le signe éclatant —, domptèrent les grands, tinrent tête à la maison d’Autriche.

La journée des Dupes, en novembre 1630, où le roi maintint son ministre contre sa propre mère et le parti dévot, révéla la fermeté de ce prince qu’on disait faible. Louis XIII fut aussi un roi profondément chrétien : le 10 février 1638, par le vœu qui porte son nom, il consacra sa personne et son royaume à la Sainte Vierge, instituant les processions du 15 août. Sept mois plus tard naissait, après vingt-deux ans de mariage stérile, un dauphin que la France émerveillée appela Louis-Dieudonné. Richelieu mourut en décembre 1642, le roi en mai 1643 : ils laissaient à l’enfant une monarchie affermie et une France entrée au premier rang de l’Europe.

Le Grand Siècle

Louis XIV régna soixante-douze ans, de 1643 à 1715 : le plus long règne de l’histoire de France. Marqué dans son enfance par la Fronde, qui chassa deux fois la cour de Paris, il en garda la résolution de ne plus jamais laisser contester l’autorité royale. À la mort de Mazarin, en mars 1661, il annonça qu’il gouvernerait seul, et tint parole un demi-siècle durant, servi par des ministres de premier ordre — Colbert aux finances, aux manufactures et à la marine, Louvois à la guerre.

Versailles, où la cour s’installa en 1682, fut le théâtre de cette majesté : palais du soleil, chef-d'œuvre de Le Vau, de Hardouin-Mansart, de Le Brun et de Le Nôtre, il imposa à l’Europe entière le goût, la langue et les manières de la France. Autour du trône fleurit le plus grand siècle des lettres françaises : Molière, Racine, Boileau, La Fontaine, Lully, Bossuet. Roi Très Chrétien, Louis XIV voulut aussi l’unité de la foi : la révocation de l'édit de Nantes, en 1685, applaudie par presque tous ses contemporains, coûta cependant au royaume des dizaines de milliers de sujets laborieux. Les guerres, presque continuelles, agrandirent la France de la Flandre, de la Franche-Comté et de Strasbourg, et placèrent en 1700 un petit-fils de France, Philippe V, sur le trône d’Espagne — au prix d'épreuves terribles dont le royaume sortit épuisé mais intact. Le vieux roi mourut chrétiennement le 1er septembre 1715, laissant à son arrière-petit-fils un royaume plus grand qu’il ne l’avait reçu.

Louis XV et le siècle des Lumières

Le règne de Louis XV, le Bien-Aimé, s'étendit de 1715 à 1774. Après la Régence du duc d’Orléans, le sage gouvernement du cardinal de Fleury donna à la France vingt ans de paix et une prospérité remarquable. Vainqueur à Fontenoy en 1745, le roi eut la grandeur de ne rien demander pour lui à la paix ; mais la guerre de Sept Ans, conclue par le désastreux traité de Paris de 1763, coûta à la France le Canada et l’essentiel de l’Inde, au moment même où le royaume s’agrandissait pacifiquement de la Lorraine, en 1766, et de la Corse, en 1768.

Ce fut le siècle des Lumières : jamais la pensée, les sciences et les arts français n’avaient rayonné si loin, et l’Europe entière parlait français. Mais la critique philosophique minait sourdement les fondements religieux et monarchiques de l’ordre ancien, tandis que les parlements paralysaient les réformes fiscales dont la monarchie avait un besoin vital. Louis XV mourut en 1774, laissant à son petit-fils un royaume brillant, peuplé et prospère, mais un État financièrement fragile et une opinion travaillée par l’esprit nouveau.

Louis XVI : le trône et l'échafaud

Louis XVI fut un roi honnête, pieux, instruit, sincèrement appliqué au bonheur de ses peuples : il abolit la torture préparatoire, fit refleurir la marine, soutint l’indépendance américaine, encouragea les voyages de La Pérouse. Mais la crise financière, aggravée précisément par la guerre d’Amérique, le contraignit à convoquer les états généraux, qui s’ouvrirent à Versailles le 5 mai 1789. En quelques mois, la monarchie millénaire fut débordée : prise de la Bastille le 14 juillet, abolition des privilèges, retour forcé du roi à Paris en octobre.

Prisonnier d’une constitution qui le dépouillait, blessé dans sa conscience par la Constitution civile du clergé, Louis XVI tenta en juin 1791 de rejoindre les troupes fidèles : arrêté à Varennes, il fut ramené captif. Le 10 août 1792, l'émeute emporta le trône ; enfermé au Temple avec les siens, jugé par la Convention au terme d’un procès où sa défense fut admirable de dignité, le roi fut mis à mort le 21 janvier 1793. Il monta à l'échafaud en chrétien, pardonnant à ses ennemis, et la postérité, même républicaine, s’est inclinée devant ce martyre. Son testament demeure l’un des plus beaux textes sortis d’une main royale :

Je pardonne de tout mon cœur à ceux qui se sont faits mes ennemis sans que je leur en aie donné aucun sujet, et je prie Dieu de leur pardonner.

Testament de Louis XVI, 25 décembre 1792

Son fils, l’enfant-roi Louis XVII, mourut de misère dans la tour du Temple en juin 1795, âgé de dix ans.

Le lys relevé : la Restauration

L’Empire tombé, la France rappela ses princes. Louis XVIII, frère du roi martyr, entra dans Paris le 3 mai 1814 et donna au pays la Charte constitutionnelle, réconciliant l’héritage capétien et les réalités nouvelles. Après l’orage des Cent-Jours et Waterloo, il reprit son œuvre avec une prudence remarquable : la Restauration libéra le territoire des occupations étrangères, rétablit les finances et rendit à la France son rang en Europe. Mort en septembre 1824, Louis XVIII fut le dernier roi de France à s'éteindre sur le trône.

Son frère Charles X, sacré à Reims le 29 mai 1825 selon le rite immémorial — ce fut le dernier sacre de notre histoire —, régna en gentilhomme de la vieille France. Son gouvernement entreprit la conquête d’Alger, gage de la future présence française outre-Méditerranée. Mais l'épreuve de force avec l’opposition libérale tourna mal : les ordonnances de juillet 1830 déclenchèrent les Trois Glorieuses, et le vieux roi, refusant de faire tirer sur les Parisiens, abdiqua le 2 août en faveur de son petit-fils Henri, duc de Bordeaux. Le trône passa à la branche cadette d’Orléans, en la personne de Louis-Philippe ; la branche aînée reprit le chemin de l’exil.

La branche aînée et l’héritage bourbonien

L’espérance des fidèles se reporta sur l’enfant du miracle, Henri, comte de Chambord, né en 1820 après l’assassinat de son père le duc de Berry. En 1873, la restauration de « Henri V » parut imminente : une majorité monarchiste siégeait à l’Assemblée. Mais le prince, par fidélité au drapeau blanc d’Henri IV, refusa les couleurs de la Révolution, préférant l’intégrité du principe royal à un trône conditionnel. Il mourut sans enfant à Frohsdorf, le 24 août 1883, et avec lui s'éteignit la branche aînée française : l’aînesse des Capétiens passa aux Bourbons d’Espagne, issus de Philippe V, tandis que d’autres fidélités se tournèrent vers la maison d’Orléans.

Car la maison de Bourbon n’a pas quitté la scène du monde : elle règne encore aujourd’hui à Madrid, en la personne du roi Felipe VI, héritier de Philippe V et, par lui, de Louis XIV, et à Luxembourg, où la maison de Bourbon-Parme occupe le trône grand-ducal. Nulle autre famille souveraine d’Europe ne peut faire état d’une telle continuité, du sacre de Reims aux couronnes du XXIe siècle.

Quant à la France, elle demeure tout entière marquée par ses Bourbons : Versailles et les Invalides, le Louvre achevé et la langue classique, les frontières de l’hexagone, l’administration, les académies, l’alliance séculaire du trône et de l’autel dont le vœu de Louis XIII garde la mémoire chaque 15 août. De la poule au pot au Grand Siècle, du panache blanc au testament du roi martyr, l’histoire des Bourbons est, au sens plein du terme, l’histoire de la grandeur française.

Portraits

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