Guyenne n’est qu’une déformation d’Aquitaine, prononcée à l’anglaise puis francisée. Le mot dit l’essentiel de son histoire : ce fut, pendant trois siècles, la France anglaise — un duché tenu par les rois de Londres, plus attaché à eux qu'à Paris, et qui ne se rendit qu’après la dernière bataille de la guerre de Cent Ans.
Le duché d’Aquitaine était, au XIIe siècle, le plus vaste ensemble féodal du royaume : de la Loire aux Pyrénées, il dépassait en étendue le domaine du roi. Il échut à une héritière de quinze ans, Aliénor, dont le mariage puis le divorce changèrent la carte de l’Europe.
Trois siècles anglais
Répudiée par Louis VII en 1152, Aliénor épousa deux mois plus tard Henri Plantagenêt, qui devint roi d’Angleterre en 1154. L’Aquitaine passa ainsi à la couronne anglaise pour trois cents ans.
Il ne faut pas y voir une occupation. Bordeaux vendait son vin à Londres en franchise, la Guyenne payait peu d’impôts, ses villes avaient des libertés que les sujets du roi de France leur enviaient. Quand Charles VII entreprit la reconquête, les Bordelais rappelèrent les Anglais — et c’est pour les en chasser une seconde fois que fut livrée la bataille de Castillon, le 17 juillet 1453, qui mit fin à la guerre de Cent Ans.
Le prix de la fidélité anglaise
Charles VII ne pardonna pas. Il supprima les privilèges de Bordeaux, fit bâtir deux forteresses pour surveiller la ville, et imposa une garnison. Louis XI, plus habile, rendit les franchises et créa le parlement de Bordeaux en 1462, qui devint l’un des plus considérables du royaume — Montaigne y siégea, Montesquieu le présida.
La province resta composite : le Bordelais en pays d'élection, mais le Périgord, le Quercy, le Rouergue et l’Agenais gardant leurs états ; la coutume au nord, le droit romain au sud.
Ce qu’elle est aujourd’hui
La Guyenne recouvre la Gironde, la Dordogne, le Lot, le Lot-et-Garonne, l'Aveyron, et déborde sur le Tarn-et-Garonne et la Corrèze.
Le nom a disparu des cartes, mais il survit dans le vin : c’est la province qui a donné au Bordelais son vignoble d’exportation, et le commerce du claret avec l’Angleterre, né au XIIIe siècle, n’a jamais cessé depuis.