Son nom dit ce qu’elle est : une marche, c’est-à-dire une frontière militaire, établie au Xe siècle entre le Poitou berrichon et le Limousin. Pays pauvre et haut, la Marche n’a jamais nourri ses hommes : elle les a exportés, et ses maçons ont bâti Paris.
Créée vers 950 comme zone tampon entre le duché d’Aquitaine et le comté de Poitou, la Marche resta ce qu’indique son nom : un pays de passage, sans ville importante, sur la ligne où la langue d’oïl cède à la langue d’oc.
Des Lusignan aux Bourbons
Le comté appartint aux Lusignan, cette famille poitevine dont une branche régna sur Chypre et Jérusalem, et dont la légende faisait descendre la fée Mélusine. Il passa ensuite à la couronne, fut donné en apanage, revint aux Bourbons — et suivit le sort du Bourbonnais lors de la confiscation de 1531.
Les maçons de la Creuse
Le fait le plus remarquable de son histoire est social. Le sol granitique ne nourrissant pas sa population, la Marche organisa dès le XVIIe siècle une migration saisonnière d’une ampleur unique en France : chaque printemps, des dizaines de milliers d’hommes partaient à pied vers Paris, Lyon ou Bordeaux pour y travailler comme maçons, et revenaient à l’automne.
Ils bâtirent une part considérable de Paris, y compris les grands travaux d’Haussmann. Martin Nadaud, maçon creusois monté à Paris à quatorze ans, devint député en 1849 et laissa des mémoires qui restent le témoignage le plus précis sur cette condition.
Les femmes restaient au pays et tenaient l’exploitation : la Marche fut, pendant deux siècles, une province gouvernée de fait par ses paysannes.
Ce qu’elle est aujourd’hui
La Marche forme la Creuse, avec des parties de la Haute-Vienne, de l'Indre et du Cher. Aubusson, sa seconde ville, tisse des tapisseries depuis le XVe siècle — savoir-faire inscrit au patrimoine immatériel de l’humanité.
La Creuse est aujourd’hui l’un des départements les moins peuplés de France : l'émigration que la pauvreté avait rendue saisonnière est devenue définitive.