Le Poitou a changé de mains plus souvent qu’aucune autre province. Comté d’Aliénor d’Aquitaine, il passa aux Plantagenêts par son mariage, à Philippe Auguste par confiscation, aux Anglais par traité, et revint enfin à la France par les armes de Du Guesclin.
Terre de passage entre Loire et Garonne, le Poitou fut de tous les affrontements. C’est près de Poitiers que Charles Martel arrêta les Arabes en 732 ; c’est près de Poitiers encore que Jean le Bon fut fait prisonnier en 1356, l’un des plus grands désastres de la monarchie.
Le comté d’Aliénor
Le Poitou faisait partie du duché d’Aquitaine, dont Aliénor hérita en 1137. Son mariage avec Louis VII apporta ce domaine immense à la couronne ; son divorce en 1152, puis son remariage avec Henri Plantagenêt, le fit passer au roi d’Angleterre. Ce revirement fut la plus lourde perte diplomatique de l’histoire capétienne.
Philippe Auguste reprit le Poitou en 1204, en même temps que la Normandie, par la confiscation prononcée contre Jean sans Terre. Saint Louis le donna en apanage à son frère Alphonse, qui mourut sans enfant en 1271.
Perdu et repris
Le traité de Brétigny, en 1360, céda le Poitou à l’Angleterre en rançon de Jean le Bon. Il redevint anglais pour douze ans. C’est Du Guesclin, connétable de Charles V, qui le reconquit place après place entre 1369 et 1372, sans grande bataille, par une guerre d’usure méthodique.
La province vécut ensuite deux siècles paisibles, puis devint l’un des foyers du protestantisme français — Poitiers, Niort et le Bas-Poitou furent gagnés à la Réforme, et la révocation de l'édit de Nantes y vida des villages entiers.
Ce qu’elle est aujourd’hui
Le Poitou forme la Vienne, les Deux-Sèvres et la Vendée. Ce dernier département correspond au Bas-Poitou, dont le bocage devint en 1793 le théâtre de la guerre de Vendée — soulèvement paysan et royaliste qu’on ne comprend pas sans savoir que la province avait gardé ses curés, ses solidarités de paroisse et une méfiance ancienne envers l’administration.
Le nom de Poitou-Charentes, porté par une région de 1956 à 2016, associait le comté à l’Aunis, à la Saintonge et à l’Angoumois, qui étaient trois provinces distinctes.