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Traité · 10 février 1763

Le traité de Paris de 1763

Signé à : ParisSous : Louis XV

La France y perdit un empire, et l’opinion du temps s’en émut peu : on jugeait les îles à sucre plus précieuses que « quelques arpents de neige ». Le calcul était rationnel et il était faux — mais il faudra un siècle pour le comprendre.

Ce qui précède

La guerre de Sept Ans fut le premier conflit véritablement mondial : on s’y battit en Europe, en Amérique, aux Indes, aux Philippines et sur toutes les mers.

La France y accumula les désastres coloniaux. Québec tomba en 1759, Montréal en 1760 ; l’Inde fut perdue avec la défaite de Lally-Tollendal à Wandiwash. La marine, insuffisante, ne put ravitailler les colonies.

En Europe, l’armée fut battue à Rossbach en 1757 par Frédéric II — humiliation dont le prestige français ne se releva pas.

Ce que le traité décide

La France cède à la Grande-Bretagne le Canada, l'île du Cap-Breton, et toute la Louisiane à l’est du Mississippi. Elle cède l’Espagne la Louisiane occidentale, en compensation de la Floride que celle-ci perd.

Aux Indes, elle conserve cinq comptoirs — Pondichéry, Chandernagor, Karikal, Mahé, Yanaon — mais sans droit d’y entretenir de troupes : ce ne sont plus que des factoreries.

Elle garde Saint-Pierre-et-Miquelon et le droit de pêche sur les côtes de Terre-Neuve. Elle récupère la Guadeloupe, la Martinique et Saint-Domingue, occupées pendant la guerre, ainsi que Gorée au Sénégal.

Le calcul des îles

Le choix de garder les Antilles plutôt que le Canada fut délibéré, et il se défendait par les chiffres. Saint-Domingue produisait à elle seule plus de richesse que toute la Nouvelle-France ; le sucre était la denrée la plus rentable du siècle.

Voltaire avait résumé l’opinion éclairée en parlant de « quelques arpents de neige » : le Canada coûtait cher, rapportait des fourrures, et comptait soixante mille habitants contre deux millions dans les colonies anglaises.

Ce qui en découle

Le désastre appela la revanche. Choiseul reconstruisit la marine, et vingt ans plus tard la France prit sa revanche en soutenant l’indépendance américaine.

Mais l’Amérique française était perdue. Il en reste une langue, un droit — la coutume de Paris survit dans le droit civil du Québec —, et un attachement qui n’a pas faibli.

Ce qu’il faut en retenir

Ce traité est le plus lourd de conséquences de toute l’histoire de France, et c’est celui dont on parle le moins.

Il a décidé que l’Amérique du Nord serait anglophone. Tout ce qui a suivi, jusqu'à la place des États-Unis dans le monde d’aujourd’hui, découle de cette signature de février 1763.

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