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Reine de France · 1703 – 1768

Marie Leszczynska

La plus longtemps reine, et la plus effacée

Époux : Louis XVDates : 1703 – 1768

Aucune reine n’a porté la couronne de France aussi longtemps qu’elle, et aucune n’a laissé si peu de traces dans les mémoires. Fille d’un roi chassé de Pologne, elle donna dix enfants à Louis XV et vit son mari lui préférer d’autres femmes pendant trente ans.

Le 2 avril 1725, la cour de France apprend avec stupeur le nom de la future reine. On attendait une princesse d’Espagne, une archiduchesse, une fille de grande maison. On annonce Marie Leszczynska, vingt-deux ans, fille d’un roi détrôné qui vit d’une pension à Wissembourg, en Alsace. Le duc de Bourbon, principal ministre, a fait ce calcul : il faut un héritier vite, l’infante promise n’a que sept ans, et l’on trouvera bien une princesse en âge de porter des enfants. Celle-là est catholique, saine, sans intrigue derrière elle, et redevable de tout.

Le calcul se révéla juste sur le fond, et cruel dans ses conséquences.

Un roi sans royaume pour père

Stanislas Leszczynski avait été porté sur le trône de Pologne par Charles XII de Suède, puis renversé. La famille errait en Europe depuis quinze ans quand la nouvelle tomba. La légende veut que le père se soit écrié qu’ils étaient les plus heureux du monde ; on l’a beaucoup répétée, il faut la prendre pour ce qu’elle est, une jolie scène de famille rapportée après coup.

Le mariage est célébré à Fontainebleau le 5 septembre 1725. La mariée a vingt-deux ans, le roi quinze. Les premières années sont heureuses : Louis XV, timide et tendre, aime cette femme douce qui l’a impressionné. Elle lui donne dix enfants en douze ans, dont le dauphin Louis-Ferdinand, qui sera le père de trois rois de France.

L’effacement

Après 1738, épuisée par les grossesses, elle refuse au roi l’accès de sa chambre. La rupture est consommée. Commencent alors trente ans d’une situation que la cour de Versailles rendit publique : le roi eut ses favorites — les sœurs de Nesle, puis Mme de Pompadour — et la reine son quant-à-soi.

Elle ne se plaignit pas. Elle ne conspira pas. Elle ne chercha ni parti ni revanche, ce qui la distingue absolument de Marie de Médicis ou d’Anne d’Autriche. Elle se retira dans une vie de piété, de charité et de travaux discrets : la lecture, la peinture — elle peignait elle-même —, la musique, un salon d’amis fidèles où l’on trouvait le président Hénault et le cardinal de Luynes.

Elle fut la seule personne de la cour dont on n’entendit jamais dire de mal, ce qui, à Versailles, était une forme d’héroïsme.

Cette discrétion lui coûta l’histoire. Les mémorialistes, qui écrivent sur ce qui bouge, l’ont à peine regardée.

Ce qu’elle a tout de même obtenu

Il ne faut pourtant pas la croire sans effet. Son père reçut en 1737 les duchés de Lorraine et de Bar, avec cette clause décisive : à sa mort, ils reviendraient à la France. Stanislas mourut en 1766 ; la Lorraine devint française, et l’on doit ce rattachement au mariage de sa fille. Peu de reines peuvent inscrire une province à leur actif.

Elle éleva ses enfants dans une dévotion sérieuse qui marqua durablement la famille royale. Le dauphin Louis-Ferdinand, élevé par elle, fut un prince pieux et cultivé dont la mort prématurée, en 1765, priva la France d’un roi qu’on annonçait réformateur. C’est de cette éducation que procède, à deux générations, la piété de Louis XVI.

Quarante-trois ans

Elle mourut à Versailles le 24 juin 1768, après avoir vu disparaître son fils, sa belle-fille et plusieurs de ses filles. Elle repose à Saint-Denis ; son cœur fut porté à Nancy, auprès de ses parents.

Quarante-trois ans reine de France : personne, avant ni après, n’a tenu ce rang aussi longtemps. Elle n’a laissé ni palais comme Marie de Médicis, ni légende comme Marie-Antoinette, ni régence comme Anne d’Autriche. Elle a laissé une province, trois rois pour petits-fils, et le souvenir d’une femme que quarante ans d’humiliations publiques n’ont jamais rendue amère. Dans une cour où tout se payait, c’est une réussite d’un genre qui ne s'écrit pas dans les chroniques.

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