Pendant un siècle, les ducs de Bourgogne furent plus riches que les rois de France et faillirent bâtir entre France et Empire un État qui aurait changé la carte de l’Europe. Tout s'écroula le 5 janvier 1477 sous les murs de Nancy, où l’on retrouva le corps de Charles le Téméraire dévoré par les loups.
Le duché de Bourgogne fut donné en apanage par Jean le Bon à son fils Philippe le Hardi en 1363, pour récompenser un enfant de quatorze ans qui s'était battu à ses côtés à Poitiers. C’est le plus coûteux cadeau de l’histoire de France : quatre ducs successifs en firent la plus brillante cour d’Occident et le plus dangereux ennemi de la couronne.
Les Grands Ducs d’Occident
Par mariages et par achats, les Valois de Bourgogne rassemblèrent le duché, la Flandre, l’Artois, le Brabant, la Hollande, le comté de Bourgogne. Ils tenaient les villes drapières les plus riches d’Europe, protégeaient van Eyck et Van der Weyden, fondaient la Toison d’or. Il leur manquait deux choses : un titre royal et la continuité territoriale entre leurs deux blocs.
Charles le Téméraire voulut les deux. Il échoua devant l’empereur pour la couronne, puis se brisa sur les Suisses à Grandson et à Morat en 1476. Le 5 janvier 1477, devant Nancy, il fut tué dans la déroute ; on mit deux jours à identifier son cadavre.
Louis XI prend ce qu’il peut
Le roi fit aussitôt occuper le duché, invoquant qu’il s’agissait d’un fief masculin retournant à la couronne faute d’héritier mâle. Marie de Bourgogne, fille du Téméraire, conserva le reste — dont la Franche-Comté et les Pays-Bas — et les porta par mariage à Maximilien de Habsbourg. De là naquit l’encerclement de la France, qui allait durer deux siècles.
La province, elle, fut bien traitée. Elle garda ses états, qui se réunissaient tous les trois ans à Dijon et administraient eux-mêmes routes et canaux ; elle reçut un parlement dès 1477. Sa coutume, rédigée en 1459, resta en vigueur jusqu’en 1804 — et l’on y trouve, sur les baux à vigne, des dispositions qui ont façonné le vignoble tel qu’il existe encore.
Ce qu’elle est aujourd’hui
La Bourgogne ducale correspond à la Côte-d’Or, à la Saône-et-Loire, à l'Yonne, et pour partie à l'Ain — la Bresse n'étant devenue française qu’en 1601, par le traité de Lyon avec la Savoie.
Il faut se garder d’une confusion tenace : le duché de Bourgogne, français, et le comté de Bourgogne, terre d’Empire devenue la Franche-Comté, sont deux pays distincts, séparés par la Saône et par deux siècles d’histoire. Ils n’ont été réunis administrativement qu’en 2016.