L’Aunis était la plus petite province du royaume — à peine plus qu’un arrondissement d’aujourd’hui. Elle valait pourtant une guerre, parce qu’elle tenait La Rochelle : le meilleur port de l’Atlantique, la capitale du protestantisme français, et une république marchande qui traitait d'égale à égal avec les rois.
Détaché du Poitou au XIIe siècle, l’Aunis ne comptait qu’une ville et son plat pays. Mais cette ville était La Rochelle, fondée au XIIe siècle, dotée d’une commune par Aliénor d’Aquitaine, enrichie par le sel, le vin et bientôt le commerce d’Amérique.
Une république dans le royaume
La Rochelle se gouvernait par un maire et un corps de ville, battait sa propre politique, entretenait sa flotte. Gagnée à la Réforme dans les années 1560, elle devint la capitale du parti protestant : synodes nationaux, imprimeries, refuge des huguenots de tout l’Ouest.
L'édit de Nantes lui reconnut le statut de place de sûreté, avec garnison et fortifications aux frais du roi — c’est-à-dire, en pratique, un État dans l'État.
Le siège de 1628
Richelieu jugea la situation insupportable. Le siège commença en septembre 1627. Pour empêcher les secours anglais, l’ingénieur Clément Métezeau fit construire à travers la rade une digue de onze cents mètres, ouvrage réputé impossible, qui ferma le port.
La ville tint quatorze mois. Quand elle capitula le 28 octobre 1628, il restait cinq mille habitants sur vingt-huit mille. Louis XIII y entra le 1er novembre. Les murailles furent rasées, les privilèges abolis — mais l'édit de grâce d’Alès, l’année suivante, maintint la liberté de culte : Richelieu voulait détruire un parti politique, non une religion.
Ce qu’il est aujourd’hui
L’Aunis forme le nord de la Charente-Maritime, autour de La Rochelle, Rochefort et l'île de Ré. Le département, créé en 1790, l’a réuni à la Saintonge, sa voisine du sud.
De la digue de Richelieu, il subsiste des blocs visibles à marée basse ; des remparts, il reste les trois tours du Vieux-Port, épargnées parce qu’elles servaient à la navigation.