L’Artois a mis quatre siècles à revenir. Comté royal au XIIe siècle, apanage, puis bourguignon, puis espagnol, il fut disputé à chaque génération. Louis XIII prit Arras en 1640, Mazarin fit reconnaître la conquête en 1659 — et la province garda ses états et ses coutumes jusqu'à la Révolution.
Pays de plaine riche et peuplé, l’Artois valait par ses draps, ses blés et ses villes. Philippe Auguste l’obtint en 1180 par son mariage avec Isabelle de Hainaut, et saint Louis en fit l’apanage de son frère Robert.
Le détour bourguignon
Par une succession de mariages, le comté passa au XIVe siècle à la maison de Flandre, puis en 1384 aux ducs de Bourgogne. Après la mort de Charles le Téméraire, il ne suivit pas le duché : Marie de Bourgogne le porta aux Habsbourg. Le traité de Senlis, en 1493, le reconnut à Maximilien, et l’Artois devint terre d’Empire, puis possession espagnole avec les Pays-Bas.
Il resta ainsi étranger au royaume pendant plus de deux siècles, tout en parlant français et en gardant un droit d’origine française.
Arras et le traité des Pyrénées
Richelieu fit le siège d'Arras en 1640 : la ville tomba après cinquante jours, et l’on disait alors dans les Pays-Bas espagnols que les Français prendraient Arras quand les souris mangeraient les chats — chronogramme que les vainqueurs s’amusèrent à retourner. Le traité des Pyrénées, en 1659, céda le comté à la France.
Louis XIV le traita en province conquise mais ménagée : les états d’Artois furent maintenus, ainsi que le conseil provincial d’Arras et les coutumes. La province resta pays d'états jusqu’au bout, et sa fiscalité demeura plus légère que celle de ses voisines.
Ce qu’il est aujourd’hui
L’Artois forme la partie sud et centrale du Pas-de-Calais, autour d’Arras, Béthune, Saint-Omer et Lens — le nord du département étant flamand, et le Boulonnais picard.
C’est en Artois que se trouvent les bassins miniers exploités à partir de 1850, et les champs de bataille de 1915 : Notre-Dame-de-Lorette et Vimy, où reposent des dizaines de milliers d’hommes.