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Royaume de FranceMontjoie ! Saint Denis !

Maison royale · 1328 – 1589

Les Valois

Deux siècles et demi d'épreuves et de gloire, de Crécy à Chambord — la dynastie qui sauva la couronne et enfanta l'État moderne.

Fondateur : Philippe VIDernier roi : Henri III

Cadets des Capétiens appelés au trône par la loi salique, les Valois affrontèrent la plus terrible épreuve que la couronne ait jamais connue — un siècle de guerre contre l’Anglais — avant de donner à la France les fastes de la Renaissance. Treize rois, deux cent soixante et un ans, et au bout du chemin, l'État moderne.

Le sang des lys : l’avènement de 1328

Le 1er février 1328, Charles IV le Bel s'éteint à Vincennes sans laisser de fils. En quatorze ans, les trois fils de Philippe le Bel sont descendus au tombeau l’un après l’autre, emportant avec eux la lignée directe des Capétiens, qui s'était transmise de père en fils depuis Hugues Capet — trois cent quarante et un ans d’une continuité que l’Europe entière enviait. La reine Jeanne d'Évreux étant enceinte, on attendit sa délivrance : le 1er avril, elle mit au monde une fille. Il fallait donc choisir.

Deux prétendants se présentaient. Édouard III, roi d’Angleterre, neveu du défunt par sa mère Isabelle de France ; et Philippe de Valois, cousin germain des trois derniers rois, fils de ce Charles de Valois qui avait été l'épée de la maison capétienne. L’assemblée des barons et des prélats trancha selon le principe déjà appliqué en 1316 et en 1322 : les femmes ne succèdent point à la couronne de France, et ne sauraient transmettre un droit qu’elles n’ont pas. Les légistes iront chercher plus tard, dans le vieux code des Francs saliens, le nom qui ferait fortune : la loi salique, première des lois fondamentales du royaume. La maxime résume tout — le royaume de France ne peut tomber en quenouille.

Sacré à Reims le 29 mai 1328, Philippe VI parut d’abord justifier le choix des barons : dès le mois d’août, il écrasait les milices flamandes à Cassel et rendait son comté au comte de Flandre. Édouard III lui prêta hommage à Amiens en 1329. Mais en 1337, la confiscation de la Guyenne fit éclater l’orage : l’Anglais releva le défi, prit le titre de roi de France et écartela ses armes des lys. La guerre de Cent Ans commençait.

La chevauchée des désastres : Crécy et Poitiers

Les premières décennies furent terribles. La flotte française périt à L'Écluse en juin 1340. Le 26 août 1346, à Crécy-en-Ponthieu, la chevalerie française, lancée en désordre contre les archers d'Édouard III, se fit faucher par volées ; le vieux roi de Bohême, Jean l’Aveugle, s’y fit mener au combat pour y mourir en chevalier. L’année suivante, Calais tomba après onze mois de siège — on se souvient des six bourgeois, la corde au cou, que l’intercession de la reine d’Angleterre arracha au billot. Puis vint la peste noire de 1348, qui emporta peut-être le tiers du royaume.

Jean II le Bon, roi en 1350, incarnait l’idéal chevaleresque jusqu'à l’imprudence. Le 19 septembre 1356, près de Poitiers, il refusa de fuir et combattit à pied, la hache à la main, tandis que son plus jeune fils criait : « Père, gardez-vous à droite ! Père, gardez-vous à gauche ! » Fait prisonnier, il fut conduit à Londres. Le traité de Brétigny (1360) abandonna à l’Anglais près du tiers du royaume et promit trois millions d'écus de rançon. Quand l’un des otages livrés en garantie s'échappa, Jean II retourna de lui-même en captivité : « Si la bonne foi était bannie de la terre, elle devrait retrouver asile dans le cœur des rois », aurait-il dit. Il mourut à Londres en avril 1364. Le royaume, ravagé par les Grandes Compagnies, semblait perdu.

Charles V ou la revanche de la sagesse

C’est alors que la Providence donna à la France l’un de ses plus grands rois. Charles V, régent pendant la captivité de son père, avait dompté la révolution parisienne d'Étienne Marcel et la Jacquerie. Roi en 1364, ce prince de santé fragile, qui ne monta jamais à cheval pour la guerre, comprit que l’on pouvait vaincre autrement qu’en bataille rangée. Avec Bertrand du Guesclin, petit chevalier breton fait connétable, il reprit méthodiquement, place après place, presque tout ce que Crécy et Poitiers avaient perdu : vers 1380, l’Anglais ne tenait plus que Calais, Bordeaux, Bayonne et quelques ports. Le même roi bâtissait Vincennes et la Bastille, fondait la librairie du Louvre et faisait traduire Aristote. La monarchie française apprenait que la sagesse est une force.

L’abîme : Charles VI et Azincourt

Tout fut remis en question par le plus long malheur de la dynastie. Charles VI, couronné enfant en 1380, sombra dans la folie en août 1392, dans la forêt du Mans. Autour du trône vacant, les princes se déchirèrent : l’assassinat de Louis d’Orléans par ordre de Jean sans Peur, duc de Bourgogne (1407), ouvrit la guerre civile des Armagnacs et des Bourguignons. Henri V d’Angleterre en profita : le 25 octobre 1415, à Azincourt, la fleur de la chevalerie française périt dans la boue. Après le meurtre de Jean sans Peur au pont de Montereau (1419), la Bourgogne se jeta dans le parti anglais, et le honteux traité de Troyes (21 mai 1420) livra la couronne : Henri V, marié à Catherine de France, devenait héritier et régent du royaume, tandis que le dauphin Charles était déshérité. En 1422, les deux rois moururent à quelques semaines d’intervalle ; un nourrisson anglais fut proclamé roi de France et d’Angleterre.

La délivrance : Jeanne d’Arc et Charles VII

Replié au sud de la Loire, raillé sous le nom de « petit roi de Bourges », Charles VII semblait condamné lorsque Orléans fut assiégée en 1428. C’est alors qu’une jeune fille de Domrémy, envoyée, disait-elle, par le Roi du Ciel, vint le trouver à Chinon.

Rendez à la Pucelle ci envoyée de par Dieu, le Roi du Ciel, les clés de toutes les bonnes villes que vous avez prises et violées en France.

En quelques mois, tout bascula : Orléans délivrée le 8 mai 1429, l’armée anglaise défaite à Patay, et le 17 juillet 1429, dans la cathédrale de Reims, le sacre qui rendit à Charles VII l’onction et la légitimité. Jeanne, capturée à Compiègne en 1430, périt sur le bûcher de Rouen le 30 mai 1431 — martyre dont la sainteté fut reconnue par l'Église en 1920, et dont le procès en réhabilitation, voulu par le roi, lava la mémoire dès 1456. Réconcilié avec la Bourgogne à Arras (1435), rentré dans Paris (1436), doté de la première armée permanente de l’Occident, Charles VII acheva l'œuvre : Formigny (1450) rendit la Normandie, Castillon (17 juillet 1453) la Guyenne. De tout l’empire continental des Plantagenêts, il ne restait à l’Anglais que Calais.

Louis XI, le rassembleur

Son fils Louis XI (1461-1483) fit à la féodalité ce que son père avait fait à l’Anglais. Que pouvaient les ligues des grands seigneurs contre ce roi mal vêtu que ses ennemis appelaient « l’universelle aragne », et qui tissait sa toile de pensions, de traités et de patience ? Son grand adversaire, Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, rêvait d’un royaume entre France et Empire : il se brisa contre les piques suisses et mourut devant Nancy le 5 janvier 1477. Le duché de Bourgogne et la Picardie revinrent à la couronne ; en 1481, l’héritage des princes d’Anjou apporta l’Anjou, le Maine et la Provence — avec Marseille et la Méditerranée. Le même règne couvrait le royaume de relais de poste, dotait Lyon de ses foires et introduisait la soie : la France se refaisait en travaillant.

Le printemps de la Renaissance

Avec Charles VIII, qui épousa Anne de Bretagne (1491) et s’en alla conquérir Naples (1494), la France découvrit l’Italie — et l’Italie entra en France. Louis XII, premier roi de la branche d’Orléans, fut nommé par les états généraux de 1506 « Père du peuple » pour sa justice et la modération de ses impôts. Mais c’est François Ier, prince de la branche d’Angoulême, qui donna son visage au siècle : vainqueur des Suisses à Marignan (1515), signataire du concordat de Bologne (1516), bâtisseur de Chambord, hôte de Léonard de Vinci, fondateur du Collège royal, législateur de Villers-Cotterêts (1539) qui fit du français la langue de l'État. Sa longue rivalité avec Charles Quint, marquée par le désastre de Pavie (1525) et sa captivité de Madrid, ne put briser un royaume devenu la première nation de la chrétienté. Henri II poursuivit l'œuvre : Metz, Toul et Verdun occupées (1552), Calais enfin reprise par le duc de Guise (1558), la Bretagne définitivement unie à la couronne depuis 1532. Le 10 juillet 1559, un éclat de lance, reçu en tournoi, emporta le roi — et avec lui l'équilibre du royaume.

Le crépuscule sanglant

Trois fils d’Henri II régnèrent tour à tour, sous l’ombre portée de leur mère Catherine de Médicis : François II, mort à seize ans (1560) ; Charles IX, mort à vingt-trois ans (1574) ; Henri III enfin. La Réforme protestante avait divisé les âmes : le massacre de Wassy (1er mars 1562) ouvrit trente-six ans de guerres de religion, huit guerres civiles coupées de paix précaires, dont la nuit de la Saint-Barthélemy (24 août 1572) demeure la page la plus sombre.

Henri III, prince intelligent, lettré et pieux, que la polémique ligueuse a défiguré, se débattit entre les factions. La mort de son dernier frère (1584) fit du protestant Henri de Navarre l’héritier présomptif : la Ligue se souleva, chassa le roi de Paris à la journée des Barricades (mai 1588), et Henri III fit abattre le duc de Guise à Blois (décembre 1588). Réconcilié avec Navarre, il assiégeait Paris révoltée lorsque, le 1er août 1589, à Saint-Cloud, le moine Jacques Clément lui plongea un couteau dans le ventre. Il mourut le lendemain, en désignant pour successeur Henri de Navarre, qu’il exhorta à revenir à la foi catholique.

Ainsi s'éteignit, dans le sang, la maison de Valois. Mais la loi salique, qui l’avait faite en 1328, jouait une dernière fois : par-delà dix générations, la couronne remontait jusqu'à un fils de Saint Louis pour redescendre sur les Bourbons. Le bilan des Valois était immense : ils avaient reçu un royaume féodal menacé de démembrement ; ils léguaient une nation agrandie du Dauphiné, de la Bourgogne, de la Provence, de l’Anjou et de la Bretagne, dotée d’une armée permanente, d’un impôt régulier, d’une langue royale et des plus beaux châteaux du monde. La dynastie des grandes épreuves avait été aussi celle des grands relèvements.

Portraits

Les rois valois