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Province · Aix-en-Provence

La Provence

Le comté légué par testament, réuni « comme un principal à un principal »

Capitale : Aix-en-ProvenceRéunie à la couronne : 1481

La Provence est entrée dans le royaume par un testament. Le comte Charles du Maine, mourant sans enfant en 1481, légua son comté à Louis XI ; les états provençaux ratifièrent l’union en 1486 en exigeant une formule restée célèbre — la Provence s’unissait à la France « comme un principal à un principal », non comme une sujette à son maître.

Carte des gouvernements de Dauphiné et de Provence, gravée par Rigobert Bonne en 1771
Rigobert Bonne, Carte des gouvernements de Dauphiné et de Provence, 1771. Planche de l’Atlas moderne.

Terre d’Empire et non de France pendant tout le Moyen Âge, la Provence a longtemps regardé vers l’Italie plus que vers Paris. Elle parlait une autre langue, vivait sous le droit romain, et ses comtes étaient rois de Naples. Son entrée dans le royaume fut tardive, pacifique, et assortie de conditions dont elle ne cessa jamais de se prévaloir.

Un comté d’Empire

Jusqu’en 1481, la Provence relevait théoriquement du Saint-Empire : c’est le Rhône qui marquait la frontière du royaume, et Avignon comme le Comtat Venaissin appartenaient au pape depuis 1348. La maison d’Anjou, branche cadette de la maison de France, tenait le comté depuis Charles Ier, frère de saint Louis, qui l’avait reçu par mariage en 1246.

Le dernier de la lignée, le roi René — celui que la Provence appelle encore le bon roi René —, mourut en 1480 sans héritier direct. Son neveu Charles du Maine lui survécut un an et légua tout à Louis XI, qui n’eut qu'à prendre.

« Comme un principal à un principal »

L’union ne fut consommée qu’en 1486, quand les états de Provence, réunis à Aix, la ratifièrent. Ils y mirent une condition de forme dont la portée était considérable : la Provence était unie à la France comme un principal à un principal, c’est-à-dire comme deux entités de même rang, et non par incorporation.

La formule signifiait que le roi de France était comte de Provence à part, et devait respecter les statuts du pays. Elle servit d’argument pendant trois siècles chaque fois que Paris voulut y étendre une règle générale. La Provence conserva ainsi son droit romain — c’est un pays de droit écrit, non de coutume —, ses propres poids et mesures, et une administration distincte.

Le parlement et les états

Le parlement d’Aix, institué en 1501, fut l’un des plus turbulents du royaume : il tint tête à la Ligue, à Richelieu, à Mazarin, et la Provence connut sa propre Fronde, celle des Sabreurs et des Canivets, qui divisa Aix pendant trois ans.

Les états provinciaux, eux, furent progressivement écartés : Richelieu cessa de les convoquer après 1639, et l’impôt fut désormais réparti par une assemblée des communautés, plus docile. Marseille, ville libre et port d’Orient, obtint en 1669 le statut de port franc qui fit sa fortune.

Ce qu’elle est aujourd’hui

La Provence historique se retrouve dans les Bouches-du-Rhône, le Var, les Alpes-de-Haute-Provence, et pour partie les Alpes-Maritimes et le Vaucluse.

Deux nuances importent. Le comté de Nice n'était pas provençal : il s'était donné à la Savoie en 1388 et ne devint français qu’en 1860 — ce qui explique que les Alpes-Maritimes soient à cheval sur deux histoires. Quant au Vaucluse, il est né en 1793 de la réunion d’une partie de la Provence avec Avignon et le Comtat Venaissin, terres pontificales annexées en 1791 : le département est donc, à lui seul, la trace d’un État du pape en France.