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Royaume de FranceMontjoie ! Saint Denis !

Reine de France · v. 720 – 783

Bertrade de Laon

La première reine de France sacrée

Époux : Pépin le BrefDates : v. 720 – 783

Le 28 juillet 754, dans la basilique de Saint-Denis, un pape venu chercher secours en Gaule sacra le roi des Francs, ses deux fils, et son épouse. C’est la première fois qu’une reine de France recevait l’onction : celle-là s’appelait Bertrade.

On la connaît sous un surnom qui vient d’un roman : Berthe au grand pied. Le poème d’Adenet le Roi, composé cinq siècles après elle, raconte une princesse substituée le soir de ses noces et reconnue à la difformité d’un de ses pieds. C’est une belle histoire, et elle n’a aucun rapport avec la femme qui fut reine des Francs. Il vaut la peine d’aller voir ce qu’il y avait dessous.

Une union longtemps irrégulière

Fille de Caribert, comte de Laon, elle s’unit à Pépin vers le début des années 740, alors qu’il n’est encore que maire du palais — le vrai maître du royaume derrière un roi mérovingien fantoche. L’union ne fut régularisée que plus tard, ce qui donna aux adversaires de la maison de quoi murmurer sur la légitimité des enfants.

Elle en eut plusieurs. Deux comptent : Charles, né en 742 ou 747, que l’histoire appellera Charlemagne, et Carloman.

Le sacre de 754

En 751, Pépin dépose le dernier Mérovingien et se fait élire roi ; il est sacré à Soissons. Mais l’acte capital vient trois ans plus tard, et il change la nature même de la royauté française.

Le pape Étienne II, menacé par les Lombards, franchit les Alpes pour demander secours au roi des Francs — c’est la première fois qu’un pape passe les monts pour venir en Gaule. À Saint-Denis, le 28 juillet 754, il renouvelle de ses propres mains l’onction de Pépin, sacre ses deux fils, et consacre la reine.

Ce jour-là, la France reçoit trois choses ensemble : une dynastie confirmée par Rome, une alliance qui durera mille ans, et une reine sacrée.

Ce dernier point n’est pas un détail de cérémonial. En recevant l’onction, la reine cesse d'être seulement l'épouse du roi : elle entre dans l’ordre sacré de la royauté. Tous les ordines postérieurs prévoiront la consécration de la reine aussitôt après celle du roi — l’ordo conservé sur ce site en donne le déroulement complet, jusqu’au trône « semblable au trône royal, mais cependant un peu plus petit ». Cette tradition commence à Bertrade.

L’ambassade d’Italie

Veuve en 768, elle veille au partage entre ses fils et s’emploie à les empêcher de s’entredéchirer — Charles et Carloman se détestaient. À la mort de Carloman en 771, Charles reste seul maître.

Entre-temps, en 770, elle avait entrepris quelque chose d’inhabituel pour une reine du VIIIe siècle : un voyage diplomatique en Italie, pour négocier elle-même le mariage de son fils avec la fille de Didier, roi des Lombards. L’affaire déplut fortement au pape, qui voyait son protecteur franc s’allier à son ennemi. Elle passa outre.

L’année suivante, Charles répudia la princesse lombarde et la renvoya à son père. Ce fut le seul différend sérieux entre la mère et le fils. Éginhard, qui écrivit la vie de Charlemagne, rapporte qu’il l’entoura toujours du plus grand respect et qu’aucune brouille ne les sépara jamais, hormis cette répudiation.

Ce qu’elle inaugure

Elle mourut le 12 juillet 783 et fut enterrée à Saint-Denis, auprès de Pépin. Son fils, dit encore Éginhard, la pleura sincèrement.

Bertrade est la première d’une lignée : celle des reines de France qui reçoivent l’onction. Après elle, la cérémonie de Reims comportera toujours une seconde partie, moins solennelle mais de même nature, où l’archevêque oint la reine au front et à la poitrine, lui remet un anneau, un sceptre, une verge et une couronne. On y priera pour qu’elle soit féconde comme Rébecca, sage comme Esther, courageuse comme Judith. Toutes les reines qui suivent dans ces pages, jusqu'à Marie-Antoinette, sont ses héritières.

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