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Reine de France · v. 474 – 545

Sainte Clotilde

La reine qui donna le baptême à la France

Époux : Clovis Ier, roi des FrancsDates : v. 474 – 545

Venue des rives du Rhône avec sa foi pour seul trésor, Clotilde fit d’un roi païen le fils aîné de l'Église. Dans la piscine baptismale de Reims, ce n’est pas seulement Clovis qui fut plongé : c’est la France qui naquit. Première de nos reines, elle en demeure la patronne et le modèle.

La fille des rois burgondes

Clotilde vint au monde vers 474, sans doute à Lyon, au cœur de ce royaume burgonde qui s'étendait alors de la Champagne aux portes de la Provence. Son père, Chilpéric, était l’un des quatre fils du roi Gondioc qui se partageaient la terre ; son oncle Gondebaud allait bientôt régner seul. Grégoire de Tours, notre plus ancien témoin, raconte que Gondebaud fit périr Chilpéric par l'épée et sa femme par la noyade, et que les deux filles du prince assassiné furent épargnées : l’aînée prit le voile, la cadette, Clotilde, demeura à la cour de son oncle, orpheline au milieu des meurtriers de sa maison.

Un trait la distinguait dans cette cour : sa foi. Les Burgondes professaient l’arianisme, cette hérésie qui refusait au Christ la plénitude de la divinité ; Clotilde, elle, avait été élevée dans la confession catholique de sa mère. Dans un monde où les rois barbares ariens régnaient sur des peuples romains catholiques, cette jeune fille de sang royal, belle, sage et fidèle au concile de Nicée, était un trésor rare. La renommée de ses vertus franchit les frontières et parvint jusqu’au jeune roi des Francs.

L'épousée de Soissons

Clovis, fils de Childéric, régnait depuis Soissons sur un royaume conquis à la pointe de la framée. Païen, il demanda pourtant la main de la princesse catholique, vers 492 ou 493, et Gondebaud, qui ménageait ce redoutable voisin, la lui accorda. Le calcul politique du Burgonde servit un dessein plus haut : en entrant dans le lit du roi des Francs, Clotilde y apportait la vraie foi.

Car dès les premiers jours, la reine ne cessa d’exhorter son époux. Grégoire de Tours nous la montre pressant Clovis d’abandonner ses idoles, « qui ne sont rien, qui n’ont pu s’aider elles-mêmes ni aider les autres ». Elle obtint de baptiser son premier-né, Ingomer ; l’enfant mourut sous le vêtement blanc des néophytes, et le roi laissa éclater son amertume : ses dieux à lui, disait-il, l’auraient gardé en vie. Clotilde ne fléchit pas. Elle rendit grâce à Dieu d’avoir appelé à Lui un fils de son sein, fit baptiser le second, Clodomir, et quand celui-ci tomba malade à son tour, elle l’arracha à la mort par ses prières. Cette constance dans l'épreuve, plus que tous les discours, ébranla lentement le cœur du roi.

« Adore ce que tu as brûlé »

L’heure de Dieu sonna sur un champ de bataille. Vers 496, à Tolbiac, les Francs plièrent devant les Alamans ; voyant ses rangs se rompre, Clovis leva les yeux au ciel et invoqua le Dieu de sa femme :

Jésus-Christ, toi que Clotilde proclame fils du Dieu vivant, j’implore ta puissance : si tu m’accordes la victoire sur mes ennemis, je croirai en toi et me ferai baptiser en ton nom.

Prière de Clovis rapportée par Grégoire de Tours, Histoire des Francs

Les Alamans lâchèrent pied. Le roi vainqueur tint parole. Instruit en secret par saint Remi, évêque de Reims, que Clotilde avait appelé auprès de lui, il reçut le baptême — la tradition retient la nuit de Noël 496 — dans un baptistère tendu de voiles blancs, embaumé de cires parfumées, où le vieil évêque prononça la parole fameuse : « Courbe doucement la tête, fier Sicambre ; adore ce que tu as brûlé, brûle ce que tu as adoré. » Trois mille guerriers francs suivirent leur roi dans l’eau régénératrice.

Ce jour-là s’est noué le pacte qui fait de la France la fille aînée de l'Église. Seul de tous les rois barbares, Clovis embrassait la foi catholique de ses peuples romains, quand Goths et Burgondes s’obstinaient dans l’arianisme. De cette élection singulière, la monarchie française a tiré pendant treize siècles sa doctrine et sa fierté ; et à l’origine de tout, il y a la patience d’une femme. Rome ne s’y est pas trompée, qui honore Clotilde comme l’instrument choisi de la conversion des Francs.

Les douleurs de la reine mère

Clovis mourut en 511, à Paris, et fut enseveli dans la basilique des Saints-Apôtres que les deux époux avaient fait élever sur la montagne Sainte-Geneviève. Clotilde avait alors trente-sept ans environ ; elle en vécut plus de trente encore, retirée à Tours, près du tombeau de saint Martin, dans le jeûne, la prière et l’aumône, « servant Dieu », dit Grégoire, « non comme une reine, mais comme une humble servante ».

Ces années de retraite furent des années de glaive. Elle vit ses fils se partager le royaume et se déchirer. Clodomir tomba en 524 à Vézeronce, en guerre contre les Burgondes ; ses jeunes fils, que Clotilde élevait avec tendresse, furent poignardés par leurs oncles Clotaire et Childebert, avides de leur héritage — seul le petit Clodoald échappa au massacre, qui renonça au monde et devint saint Cloud. La vieille reine porta ces deuils sans maudire, les offrant à Dieu. Et lorsque ses fils survivants marchèrent l’un contre l’autre, elle passa la nuit en larmes devant le tombeau de saint Martin : au matin, une tempête soudaine dispersa les armées prêtes à s’entretuer, et les chroniqueurs y reconnurent la prière exaucée de la mère.

Elle sema sur sa route les fondations pieuses : églises et monastères à Tours, à Rouen, à Auxerre, aux Andelys, dont la mémoire locale garde encore son nom attaché aux sources et aux sanctuaires.

La sainte des origines

Clotilde s'éteignit à Tours le 3 juin 545, pleine de jours et de mérites. Son corps fut porté en grande pompe jusqu'à Paris et déposé auprès de Clovis, dans cette basilique des Saints-Apôtres où reposait aussi sainte Geneviève. Le peuple chrétien n’attendit aucun décret pour la vénérer : sa sainteté fut proclamée par la voix des fidèles, et l'Église inscrivit sa fête au 3 juin.

Sa figure n’a cessé de veiller sur la monarchie. Les reines de France l’ont reçue pour patronne ; les rois ont vu en elle la preuve que le trône se gagne aussi à genoux. Au XIXe siècle encore, Paris lui éleva la basilique Sainte-Clotilde, comme pour rappeler, au cœur d’un siècle oublieux, d’où venait la France. Car telle est la leçon de la première de nos reines : le royaume des lys est né d’un baptême, et ce baptême fut l'œuvre d’une femme qui crut, espéra et pria quand rien encore ne l’annonçait. La douceur obstinée de Clotilde a fait davantage pour la France que bien des victoires.

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