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Surintendant des finances d’Henri IV · 1559-1641

Sully

Le grand argentier d’Henri IV

Rôle : Surintendant des finances d’Henri IVDates : 1559-1641

Un huguenot austère au service du plus populaire des rois de France. En douze années de labeur obstiné, Maximilien de Béthune releva des finances ruinées par trente ans de guerres civiles, remplit les caves de la Bastille et couvrit le royaume de routes, de ponts et d’ormes. Henri IV rêvait, Sully comptait : de ce couple improbable naquit le premier redressement français.

Le compagnon du Béarnais

Maximilien de Béthune naît le 13 décembre 1559 à Rosny-sur-Seine, dans une famille de vieille noblesse picarde passée à la Réforme. Il a douze ans lorsque, écolier à Paris, il traverse la nuit de la Saint-Barthélemy : un livre d’heures sous le bras, en guise de sauf-conduit, l’enfant franchit les rues ensanglantées pour gagner le collège de Bourgogne, où un principal compatissant le cache trois jours. Il ne l’oubliera jamais ; il n’en tirera pourtant ni haine ni esprit de faction, mais la conviction que le salut du royaume passe par un roi fort.

Ce roi, il l’a déjà trouvé : le jeune Henri de Navarre, auquel il s’est attaché dès 1572 et dont il partagera toutes les traverses. Le baron de Rosny fait la guerre en soldat autant qu’en conseiller : il charge à Coutras en 1587, tombe grièvement blessé à Ivry en 1590. Protestant inflexible pour lui-même, il est de ceux qui conseillent au roi la conversion au catholicisme, seule capable de rendre la paix au royaume : la tradition a brodé sur leurs entretiens la formule fameuse de Paris valant bien une messe. L’anecdote est légendaire ; la politique, elle, fut bien réelle, et elle sauva la France.

L’ordre dans les finances

En 1596, Henri IV appelle Rosny au conseil des finances ; en 1598, l’année même de la paix de Vervins et de l'édit de Nantes, il lui en confie la surintendance. L’héritage est effrayant : un royaume épuisé, une dette énorme — on l’estimait à près de trois cents millions de livres —, des recettes engagées des années à l’avance, une armée de traitants et d’officiers qui interceptent l’impôt avant qu’il n’arrive au roi.

Sully n’est pas un théoricien ; c’est un comptable génial et un travailleur féroce, levé avant l’aube, penché sur ses registres. Il vérifie tout, rogne tout, poursuit les comptables infidèles, rachète à vil prix les rentes et le domaine aliénés, renégocie la dette. Il allège la taille, qui écrase le laboureur, remet les arriérés impayés des années de guerre, et reporte une partie du fardeau sur les impôts indirects, que le riche paie comme le pauvre. En 1604, il institue la paulette, ce droit annuel qui régularise la vénalité des offices et assure au Trésor un revenu stable. Le résultat tient du prodige : en une douzaine d’années, la dette est largement amortie et le roi de France, seul souverain d’Europe dans ce cas, thésaurise. Dans les caves de la Bastille, dont Sully est gouverneur, dorment à la mort d’Henri IV plus de douze millions de livres d'épargne — le trésor de guerre de la monarchie restaurée.

« Labourage et pâturage »

De ce ministre de fer, la postérité retient d’abord une maxime, tirée de ses Économies royales :

Le labourage et le pastourage sont les deux mamelles dont la France est alimentée, les vraies mines et trésors du Pérou.

Sully, Économies royales

La formule n’est pas une image : c’est un programme. Tandis que l’Espagne s’enivre de l’or des Amériques, Sully fonde la richesse française sur la terre. Il protège le paysan, interdit de saisir pour dettes le bétail et les instruments de labour, fait entreprendre avec l’ingénieur Humfroy Bradley le dessèchement des marais, encourage la libre circulation des grains. S’il regarde avec scepticisme les mûriers et les vers à soie chers au roi — le blé lui paraît plus sûr que la soie —, il partage avec Olivier de Serres, dont le Théâtre d’agriculture paraît en 1600, la certitude que la prospérité du royaume se mesure à celle de ses campagnes. Après un demi-siècle de chevauchées, de pillages et de récoltes brûlées, le laboureur français retrouve sous Henri IV la sécurité du sillon : c’est peut-être la plus grande victoire du règne.

Le grand voyer et les ormes du royaume

Sully cumule les charges comme d’autres les honneurs : grand maître de l’artillerie en 1599 — il remplit l’Arsenal de canons et de poudres —, surintendant des fortifications, des bâtiments, et surtout grand voyer de France, office créé pour lui en 1599. À ce titre, il est le premier ministre des travaux publics de notre histoire. Il fait réparer et paver les grands chemins, jeter ou achever des ponts — le Pont-Neuf, ouvert aux Parisiens sous ce règne, en demeure le symbole —, entreprend dès 1604 le canal de Briare, qui unira la Loire à la Seine et annonce la politique des canaux des siècles suivants.

Surtout, il ordonne de planter le long des routes royales des ormes, qui donneront l’ombre aux voyageurs et, à terme, du bois aux affûts de l’artillerie. Trois siècles durant, les campagnes françaises appelleront encore « ormes de Sully » les vieux arbres des bords de chemins : peu de ministres ont laissé dans le paysage même de la France une signature aussi durable. Fait duc et pair en 1606, propriétaire du beau château de Sully-sur-Loire, l’ancien cadet huguenot est devenu la seconde figure du royaume.

Le patriarche de Villebon

Le poignard de Ravaillac, le 14 mai 1610, brise l'œuvre commune. Sully, que la reine régente écarte avec douceur, quitte la surintendance au début de 1611 et se retire sur ses terres. Il y vivra encore trente ans, patriarche fastueux et morose, faisant imprimer dans son château ses Économies royales, mémoires où il converse avec son roi mort. Louis XIII honorera le vieux serviteur en le faisant maréchal de France en 1634. Il s'éteint à Villebon le 22 décembre 1641, à quatre-vingt-deux ans, fidèle jusqu’au bout à sa foi réformée et à sa fidélité capétienne — preuve vivante que l’on pouvait, dans la France d’Henri IV, servir loyalement le Roi Très Chrétien sans partager sa religion, pourvu qu’on aimât d’abord le royaume.

La leçon de Sully demeure : point de grandeur sans finances saines, point de finances saines sans paix, point de paix sans autorité. Richelieu, qui ne l’aimait guère, retiendra pourtant l’essentiel ; et lorsque la France moderne cherche ses fondateurs, c’est vers ce huguenot planteur d’ormes qu’elle se tourne d’abord.

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