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Royaume de FranceMontjoie ! Saint Denis !

Reine de France · 1575 – 1642

Marie de Médicis

La régente qui fit Richelieu et voulut le défaire

Époux : Henri IVDates : 1575 – 1642

Couronnée un jour, veuve le lendemain, elle gouverna la France sept années durant. Elle eut le mérite immense de découvrir Richelieu, et le tort de croire qu’un ministre qu’on a fait reste à jamais la créature de qui l’a fait.

Il y a chez Marie de Médicis une ironie que l’histoire n’a pas ménagée : elle fut la marraine politique du plus grand ministre de la monarchie française, et c’est lui qui la chassa du royaume. Entre les deux, la France passa du chaos qui suivit l’assassinat d’Henri IV à l'État que Louis XIV recevrait tout construit.

Une Florentine pour le Vert-Galant

Née à Florence le 26 avril 1575, fille du grand-duc de Toscane François Ier de Médicis et de Jeanne d’Autriche, elle épouse Henri IV en 1600 : mariage par procuration à Florence en octobre, rencontre à Lyon en décembre. Le roi, dont l’union avec Marguerite de Valois vient d'être annulée, cherche un héritier et de l’argent ; la dot toscane est colossale, et les mauvaises langues de la cour surnommèrent la nouvelle reine d’après la banque de sa famille.

Elle donne au roi six enfants en dix ans, dont le futur Louis XIII et deux filles qui seront reines, l’une d’Espagne, l’autre d’Angleterre. Le ménage est orageux — les infidélités d’Henri IV étaient publiques — mais la dynastie est assurée.

Le 13 mai 1610, après des mois d’insistance, Marie obtient d'être couronnée à Saint-Denis. Le lendemain, rue de la Ferronnerie, Ravaillac tue le roi. Nul n’a jamais pu établir qu’elle en sût quelque chose ; la coïncidence a suffi à nourrir des soupçons qui la poursuivirent.

Sept ans de régence

Louis XIII a huit ans. Le Parlement confie la régence à sa mère, qui gouvernera de fait jusqu’en 1617. Le bilan est mêlé, et il faut le dire des deux côtés.

À son crédit : elle maintint la paix intérieure dans un royaume qui n’attendait qu’un prétexte pour rouvrir les guerres de Religion, tint l'édit de Nantes, et renonça à la guerre que préparait Henri IV. Elle réunit en 1614 les états généraux — les derniers avant 1789 — où un jeune évêque de Luçon se fit remarquer en portant la parole du clergé.

À son passif : elle abandonna le gouvernement à Concino Concini et à sa femme Leonora Galigaï, compatriotes cupides et haïs, dont l’ascension scandalisa la noblesse et vida le trésor qu’avait rempli Sully.

Le 24 avril 1617, Louis XIII fait assassiner Concini et prend le pouvoir. Sa mère est exilée à Blois.

L'échelle de corde et la réconciliation

Elle s’en évade en février 1619 par une échelle de corde, à quarante-trois ans — l'épisode a beaucoup amusé l’Europe. Suivent deux petites guerres entre la mère et le fils, puis une réconciliation négociée par l'évêque de Luçon, devenu son aumônier et son homme de confiance.

C’est elle qui, en 1624, obtient de Louis XIII l’entrée de Richelieu au Conseil. Le geste est capital : sans lui, ni La Rochelle, ni la marine, ni l’Académie, ni les traités de Westphalie. Marie de Médicis a donné à la France son grand ministre en croyant se donner un serviteur.

La journée des Dupes

Le malentendu éclate le 10 novembre 1630. Malade, croyant le roi acquis, elle exige au palais du Luxembourg le renvoi de Richelieu. La cour tient l’affaire pour faite, et se précipite chez la reine mère. Le lendemain, à Versailles, Louis XIII confirme son ministre.

La journée des Dupes ne doit pas son nom à la reine mère, mais à tous ceux qui, l’ayant crue victorieuse, s'étaient déjà rangés de son côté.

Ce jour-là, la France choisit entre le lien du sang et la raison d'État. Elle choisit l'État.

L’exil, et ce qui reste

Marie quitte le royaume en juillet 1631 et n’y rentrera jamais. Elle erre de Bruxelles à Londres, puis à Cologne, où elle meurt le 3 juillet 1642, quelques mois avant Richelieu, dans une maison qui avait appartenu à Rubens. Son fils la fit ramener à Saint-Denis.

Car il faut finir par là : Marie de Médicis a plus fait pour le visage de Paris que bien des rois. Le palais du Luxembourg est son œuvre, avec son jardin ; l’aqueduc d’Arcueil, qui donna de l’eau à la rive gauche, et le Cours-la-Reine lui sont dus. Elle commanda à Rubens les vingt-quatre toiles immenses où elle fit peindre sa propre vie en allégories triomphales — elles sont au Louvre, et l’on peut y voir, avec un sourire, tout ce qu’une régente vaincue voulait que la postérité retînt d’elle.

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