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Capitaine des armées de Charles VIII, Louis XII et François Ier · v. 1476-1524

Le chevalier Bayard

Le chevalier sans peur et sans reproche

Rôle : Capitaine des armées de Charles VIII, Louis XII et François IerDates : v. 1476-1524

Il n’a gagné aucune bataille en chef, conquis aucune province, laissé aucun écrit. Il est pourtant le seul capitaine dont la France ait fait un modèle moral, et le seul chevalier qu’un roi ait choisi pour recevoir de lui l’accolade. Sans peur et sans reproche : la formule est de son biographe, elle a tenu cinq siècles.

Un cadet du Dauphiné

Pierre Terrail naît vers 1476 au château de Bayard, près de Pontcharra, en Dauphiné. Sa maison est pauvre et sa vocation toute tracée : depuis quatre générations, les Terrail meurent à la guerre. On raconte que son grand-père, mutilé à Poitiers, réunit ses fils pour leur demander ce qu’ils voulaient devenir, et que Pierre répondit qu’il serait soldat comme les autres.

Page du duc de Savoie, puis de Charles VIII, il part pour l’Italie à dix-huit ans et se bat à Fornoue en 1495. Il y prend un étendard ; le roi le remarque. Ce sera toute sa carrière : des actions personnelles, sous les ordres d’autrui, dans des guerres dont il n’a jamais tenu la conduite.

Le pont du Garigliano

L'épisode qui a fait sa gloire se situe en 1503, dans le royaume de Naples. L’armée française bat en retraite ; il faut tenir un pont sur le Garigliano pour permettre le passage. Bayard s’y porte avec une poignée d’hommes, puis reste seul face à un détachement espagnol qu’on a dit de deux cents cavaliers.

Le récit vient de son écuyer et biographe, celui qui signe le Loyal Serviteur ; il grossit sans doute le nombre. Ce qui est certain, c’est que le pont tint, que l’armée passa, et que le fait courut aussitôt toute l’Europe. Il fut fait prisonnier à une autre occasion et relâché sans rançon : l’ennemi jugeait déshonorant de monnayer un tel homme.

Marignan, et l’accolade

Le 13 septembre 1515, à Marignan, François Ier gagne sa première et sa plus belle bataille. Le lendemain, sur le champ encore couvert de morts, le roi de France demande à être fait chevalier — et il demande que ce soit Bayard qui le fasse.

Le geste est extraordinaire. Le roi est sacré à Reims, oint du saint chrême, thaumaturge : il n’a rien à recevoir d’un simple capitaine. En s’agenouillant devant Bayard, François Ier ne reconnaît pas une supériorité, il rend hommage à un idéal — celui de la chevalerie, que la poudre à canon était déjà en train de tuer. Bayard, dit-on, hésita, puis frappa l'épaule du roi de son épée en lui recommandant d'être le premier de ses chevaliers.

Mézières

En 1521, Charles Quint envahit la Champagne. Mézières, place mal fortifiée, commande la route de Paris. Bayard s’y jette avec environ mille hommes contre une armée qu’on a dite de trente-cinq mille.

Il tient six semaines. Il fait relever les murailles, ruse, sort de nuit, laisse intercepter de faux messages annonçant une armée de secours. Les Impériaux lèvent le siège. La France était sauvée d’une invasion, et cette fois nul ne pouvait dire que la gloire revenait à un autre : le parlement de Paris fit rendre grâces, et le roi l’autorisa à lever une compagnie d’ordonnance, honneur réservé aux princes.

L’homme, et ce qu’on en disait

Ceux qui l’ont approché s’accordent sur des traits qui ne sont pas ceux d’un héros de légende. Bayard était gai, joueur, bon compagnon, incapable de garder l’argent qu’on lui donnait. Il partageait ses rançons avec sa compagnie et mourut sans fortune, ce qui, dans les guerres d’Italie où l’on s’enrichissait de pillage, était une singularité remarquée.

Il tenait sa troupe avec une rigueur rare. Il défendait le viol et le sac des églises, faisait pendre ceux de ses hommes qui rançonnaient les paysans, et rendait les prisonnières qu’on lui amenait. Le Loyal Serviteur raconte qu’une jeune fille lui ayant été livrée à Brescia, il la garda sous sa protection et la remit à sa mère avec une dot. L’anecdote est trop belle pour ne pas être suspecte ; elle dit du moins ce que ses compagnons attendaient de lui.

Il entendait la messe chaque matin avant de combattre et se confessait avant chaque affaire. Cette piété n’avait rien de démonstratif : elle était l’ordinaire d’un homme de son état, et c’est peut-être pour cela qu’elle n’a jamais gêné personne, pas même ceux qui, plus tard, ont voulu faire de lui un modèle sans religion.

La Sesia

Le 30 avril 1524, l’armée française évacue le Milanais. Bayard commande l’arrière-garde, la place la plus dangereuse. Au passage de la Sesia, une balle d’arquebuse lui brise les reins.

Il refuse qu’on l’emporte. Il se fait adosser à un arbre, le visage tourné vers l’ennemi, et baise la croix formée par la garde de son épée en guise de crucifix. Le connétable de Bourbon, passé au service de l’Empereur, s’approche et le plaint. Le Loyal Serviteur rapporte sa réponse : ce n'était pas lui qu’il fallait plaindre, qui mourait en homme de bien, mais le connétable, qui portait les armes contre son roi et son pays.

L’authenticité du mot est douteuse ; sa fortune ne l’est pas. Trois ans plus tard, la biographie du Loyal Serviteur fixait la formule qui lui reste : le bon chevalier sans peur et sans reproche. La monarchie mourante du XVIIIᵉ siècle en fera un saint laïque, la Révolution le gardera, la République le mettra dans ses manuels. C’est l’unique cas d’un homme de guerre français dont la mémoire n’a jamais été contestée par personne — parce qu’il n’avait rien à défendre que son honneur, et rien gagné qu’une réputation.

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