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Province · Nancy

La Lorraine

Le duché échangé contre la Toscane, réuni à la mort de Stanislas

Capitale : NancyRéunie à la couronne : 1766

La Lorraine est la dernière grande province entrée dans le royaume, et elle y est entrée par un procédé diplomatique sans équivalent : un duc échangea son duché contre la Toscane, un roi détrôné en reçut l’usufruit, et la France hérita au décès du bénéficiaire. Il fallut trente ans pour que le testament produise son effet.

Carte des gouvernements de Lorraine et d’Alsace, gravée par Rigobert Bonne en 1771
Rigobert Bonne, Carte des gouvernements de Lorraine et d’Alsace, 1771. Planche de l’Atlas moderne.

Entre France et Empire, la Lorraine fut pendant huit siècles un État à part, assez fort pour durer, trop faible pour peser. Ses ducs y régnaient en souverains, battaient monnaie et faisaient leur politique — souvent contre Paris, ce qui leur coûta cher.

Les Trois-Évêchés, premier morceau

La France n’attendit pas 1766 pour s’installer. En 1552, Henri II occupa Metz, Toul et Verdun au cours de son « voyage d’Allemagne », sous le prétexte de protéger les princes protestants contre Charles Quint. Metz soutint la même année un siège fameux, où le duc de Guise résista à l’empereur en personne. Les traités de Westphalie reconnurent l’occupation en 1648, un siècle après le fait.

Ces Trois-Évêchés formèrent un gouvernement distinct, avec son parlement à Metz, enclavé dans un duché qui restait étranger.

Deux occupations et un échange

Richelieu, jugeant le duc Charles IV trop lié aux Habsbourg, fit occuper la Lorraine en 1633 ; elle le resta jusqu’en 1661, puis fut reprise par Louis XIV de 1670 à 1697. Le pays sortit de ces guerres ravagé : la population de certains bailliages avait diminué de moitié.

La solution vint d’un mariage. En 1736, le duc François III voulut épouser Marie-Thérèse d’Autriche, héritière des Habsbourg ; les puissances européennes n’acceptèrent qu'à condition qu’il abandonnât la Lorraine, trop proche de la France. Le traité de Vienne de 1738 organisa l'échange : François reçut la Toscane, et la Lorraine fut donnée à Stanislas Leszczynski, roi de Pologne détrôné et beau-père de Louis XV, sa vie durant, avec retour à la couronne à sa mort.

Stanislas régna vingt-neuf ans en prince éclairé, sans pouvoir réel — la France administrait déjà —, et embellit Nancy de la place qui porte aujourd’hui son nom, l’un des plus beaux ensembles urbains du XVIIIe siècle. Il mourut le 23 février 1766, brûlé par sa robe de chambre au coin du feu. La Lorraine devint française le jour même.

Ce qu’elle est aujourd’hui

La Lorraine forme la Meurthe-et-Moselle, la Meuse, la Moselle et les Vosges.

Le premier de ces départements porte un nom composé qui raconte une amputation : en 1871, l’Empire allemand annexa la Moselle et une partie de la Meurthe ; ce qui resta des deux fut réuni sous le nom de Meurthe-et-Moselle. La Moselle, redevenue française en 1918, relève encore aujourd’hui du droit local alsacien-mosellan, comme les deux départements alsaciens.