Trente ans de guerre s’achèvent dans deux villes de Westphalie, où les diplomates ont négocié quatre ans durant. La France y gagne l’Alsace et, plus encore, la première place en Europe. Mais l’essentiel est ailleurs : on y invente la manière dont les États règlent leurs différends, et les juristes datent de là le droit international.
Ce qui précède
Commencée en 1618 comme une querelle religieuse en Bohême, la guerre a ravagé l’Allemagne pendant une génération : certaines régions y ont perdu le tiers de leur population.
La France, catholique, y est entrée en 1635 contre l’Empereur catholique, aux côtés des princes protestants — Richelieu ayant jugé que la raison d'État primait la solidarité confessionnelle. C’est l’acte fondateur de la diplomatie moderne, et il fit scandale.
Les négociations s’ouvrent en 1644 : les catholiques à Münster, les protestants à Osnabrück, car ils refusent de siéger ensemble.
Ce que les traités décident
La France reçoit les possessions de la maison d’Autriche en Alsace — le Sundgau, le landgraviat de Haute-Alsace — et la préfecture des dix villes de la Décapole. La rédaction en est si obscure que juristes français et allemands en disputeront le sens trente ans durant. Elle confirme aussi les Trois-Évêchés.
La Suède reçoit la Poméranie occidentale. Les Provinces-Unies et la Suisse voient leur indépendance reconnue.
Surtout, les trois cent cinquante États d’Empire obtiennent le droit de conclure des alliances : l’Empereur cesse d'être un souverain pour devenir un président. L’Allemagne restera morcelée deux siècles.
Ce qui en découle
Le principe cujus regio, ejus religio est confirmé et étendu au calvinisme : chaque prince fixe la religion de son État. La guerre de religion cesse d'être un motif de guerre européenne.
Pour la France, c’est le début d’une prépondérance qui durera jusqu'à 1815. Mais l’Espagne refuse de signer : la guerre franco-espagnole continue onze ans encore, jusqu’aux Pyrénées.
Ce qu’il faut en retenir
Westphalie est moins un traité qu’un système. On y a posé que les États sont égaux entre eux quelle que soit leur taille, qu’ils sont souverains chez eux, et que leurs différends se règlent par congrès plutôt que par croisade.
Les internationalistes appellent encore aujourd’hui « ordre westphalien » ce qui est né dans ces deux villes — et l’Alsace n’en fut, pour la France, que le bénéfice le plus visible.
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