Il a couvert la France de ses bâtiments et l’on discute encore de ce qu’il a dessiné lui-même. La galerie des Glaces, le dôme des Invalides, la place Vendôme, la chapelle de Versailles : quatre œuvres qui définissent le Grand Siècle, sorties d’un atelier qu’il dirigeait en chef d’entreprise plus qu’en artiste.
Un nom hérité
Jules Hardouin naît à Paris le 16 avril 1646. Son grand-oncle est François Mansart, le plus grand architecte français de la génération précédente, homme de génie et de caractère impossible, mort en 1666 sans avoir su garder un chantier.
Le neveu hérite de ses dessins, de sa bibliothèque et de son nom, qu’il ajoute au sien : il sera Hardouin-Mansart. Il en hérite aussi la science, qu’il complète chez Libéral Bruant.
Il a tout ce qui manquait à son grand-oncle : la souplesse, le sens de la cour, la capacité de finir dans les délais. Il plaît au roi dès le premier chantier, celui du château de Clagny pour Madame de Montespan, et ne le quittera plus. Premier architecte en 1681, à trente-cinq ans ; surintendant des Bâtiments en 1699.
Versailles
Le Vau avait donné à Versailles son enveloppe ; Mansart lui donne sa dimension.
Il ferme en 1678 la terrasse ouverte sur les jardins et y bâtit la galerie des Glaces — soixante-treize mètres, dix-sept fenêtres répondant à dix-sept arcades de miroirs, décorée par Le Brun. Il fallait alors, pour rassembler tant de glaces, une manufacture royale créée exprès ; Venise en avait le secret et le gardait.
Il ajoute les ailes du Nord et du Midi, qui triplent la façade et permettent de loger la cour. Il construit l'Orangerie, ses voûtes de pierre et son escalier des Cent-Marches. En 1687, il élève le Grand Trianon de marbre rose, où le roi venait fuir sa propre cour.
Il commence enfin, en 1699, la chapelle royale — nef haute et claire, colonnade au premier étage, tribune du roi face à l’autel. Il meurt avant qu’elle soit finie ; Robert de Cotte l’achève en 1710.
Paris
Son œuvre parisienne n’est pas moindre.
Le dôme des Invalides, commencé en 1677 et terminé en 1706, est son chef-d'œuvre. Trois coupoles emboîtées, dont l’intermédiaire est percée pour qu’on aperçoive, par l’ouverture, la fresque peinte sur la plus haute, illuminée par une lanterne invisible d’en bas. C’est de l’architecture qui met en scène sa propre lumière.
Il donne à Paris deux places royales d’un type nouveau : la place des Victoires, ronde, et la place Vendôme, dont il dessine les façades avant même de savoir ce qu’on bâtirait derrière — inventant ainsi la place ordonnancée, où l’unité du décor prime sur l’usage des immeubles. Tout l’urbanisme classique en sortira.
Il construit encore Marly, où le roi voulait douze pavillons rangés comme une cour autour d’un maître.
Le toit qui ne porte pas son nom
Une confusion tenace veut que la mansarde vienne de lui. Elle vient de son grand-oncle.
C’est François Mansart qui répandit au début du XVIIᵉ siècle ce comble brisé à deux pentes, dont la partie basse presque verticale dégage un étage habitable sous les combles. Le procédé n'était pas de son invention — on le trouve chez Lescot au Louvre — mais il l’employa si systématiquement qu’on lui donna son nom. Jules Hardouin en hérita comme du reste.
Le détail vaut mieux qu’une anecdote. Il dit ce que fut la carrière du neveu : une œuvre bâtie sur celle d’un autre, portée par un nom qu’il avait pris, et si bien menée que la postérité a fini par attribuer au premier ce que le second avait fait, et au second ce que le premier avait inventé.
Hors de Paris et de Versailles, on lui doit encore la place ducale de Nancy, l’hôtel de ville de Lyon après l’incendie, le château de Dampierre, la chapelle de Saint-Cyr pour Madame de Maintenon, et le plan des Invalides que Bruant avait commencé. Peu d’architectes ont laissé autant de bâtiments debout.
La querelle
Ses contemporains ne l’ont pas aimé, et Saint-Simon l’exécute : il en fait un ignorant qui signait le travail des autres, en particulier celui de son beau-frère Robert de Cotte et du dessinateur Lassurance.
Le reproche n’est pas sans fond. Mansart dirigeait un atelier de plusieurs dizaines de personnes, distribuait les tâches, corrigeait et arbitrait ; sa main propre est difficile à isoler. Il régnait sur les Bâtiments comme un ministre sur son département, écartait les rivaux, cumulait les charges et s’enrichissait.
Mais l’objection date d’un temps où l’on jugeait l’architecte au trait de crayon. Ce que Mansart a réellement inventé, c’est la conduite d’un chantier d'État : des équipes spécialisées, des devis, des délais tenus, une manière commune. Sans cette organisation, Versailles fût resté inachevé comme tant de palais du siècle.
Il meurt subitement à Marly le 11 mai 1708, à soixante-deux ans, en revenant d’une visite de chantier. Le roi, qui l’avait employé vingt-huit ans, en fut, dit-on, sincèrement affligé.
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