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Royaume de FranceMontjoie ! Saint Denis !

Symbole royal

Les regalia, insignes de la royauté

Couronne, sceptre et main de justice : les instruments sacrés du pouvoir

Une couronne, un sceptre, une main d’ivoire, une épée aux noms de légende : les regalia n'étaient pas des parures, mais les instruments d’un sacrement. Gardés huit siècles durant dans le trésor de Saint-Denis, ils ne sortaient que pour faire un roi. La Révolution en brisa la plus grande part ; ce qui en réchappa compte parmi les objets les plus vénérables de notre histoire.

Le trésor de Saint-Denis, coffre-fort de la monarchie

Les insignes du sacre ne demeuraient pas au Louvre ni à Versailles : ils appartenaient à l’abbaye royale de Saint-Denis, nécropole des rois, dont l’abbé était le gardien-né. La coutume, fixée au plus tard sous les premiers Capétiens et solennellement confirmée par Philippe Auguste, voulait que chaque roi mourant les rendît au monastère, et que chaque roi nouveau vînt les y reprendre. Quand s’annonçait un sacre, les religieux portaient en grand appareil jusqu'à Reims la couronne, le sceptre, la main de justice, l'épée et les éperons, et des commissaires veillaient à ce que tout revînt, pièce à pièce, dans le trésor.

Ce dépôt disait une doctrine. Les regalia n'étaient la propriété d’aucun prince : ils appartenaient à la Couronne, cette personne immortelle dont les rois ne sont que les dépositaires successifs. En les confiant à une abbaye, la monarchie proclamait encore que son pouvoir venait d’ailleurs — que la royauté de France était une charge sacrée, reçue devant l’autel et rendue devant lui.

La couronne dite de Charlemagne

La première des regalia était la grande couronne du sacre, que toute l’ancienne France appelait la couronne de Charlemagne. Cercle d’or rehaussé de quatre grands fleurons en fleurs de lys, chargé de rubis, de saphirs et d'émeraudes, elle passait pour remonter au grand empereur — attribution légendaire, comme celle de tant d’objets du trésor, mais qui exprimait la conviction profonde de la dynastie : les Capétiens se voulaient les continuateurs de Charlemagne, et couronnaient leurs rois sous son nom. C’est cette couronne massive que les pairs de France soutenaient d’une main au-dessus de la tête du roi, au moment le plus solennel du sacre, avant qu’on la remplaçât par une couronne personnelle, plus légère, faite pour être portée.

De ces couronnes personnelles, une seule a traversé les orages : la couronne exécutée en 1722 pour le sacre de Louis XV, aujourd’hui au Louvre, dont les diamants — le Régent, le Sancy — furent après la cérémonie remplacés par des pierres d’imitation, selon l’usage. La couronne de Charlemagne, elle, ne verra pas le XIXe siècle. Quant au cercle d’or que Napoléon se fit exécuter en 1804 sous le même nom de « couronne de Charlemagne », c’est une création toute moderne, qui témoigne du moins de la force de la référence : même l’Empire ne sut faire un souverain sans invoquer le grand Carolingien.

Le sceptre, la main de justice, l’anneau

Le sceptre disait le commandement. Le plus admirable qui nous soit parvenu — et l’un des chefs-d'œuvre de l’orfèvrerie médiévale — est le sceptre de Charles V, préparé vers 1380 pour le sacre du futur Charles VI : une longue hampe d’or portant une fleur de lys épanouie, sur laquelle trône un Charlemagne couronné, l’orbe et le sceptre en mains, tandis que le nœud s’orne de scènes de sa légende. Tout l’esprit de la monarchie tient dans cet objet : le roi de France reçoit son autorité dans la filiation de l’empereur d’Occident, sous le signe du lys. Ce sceptre servit aux sacres jusqu'à Louis XVI, puis, sauvé de la fonte, à ceux de Napoléon en 1804 et de Charles X en 1825.

À la main gauche du roi répondait un insigne que nulle autre monarchie n’a possédé : la main de justice, court bâton d’or sommé d’une main d’ivoire aux trois doigts levés, comme pour bénir. Les trois doigts, disaient les commentateurs, figuraient la Trinité, ou encore le roi entre la miséricorde et la vérité ; l’ivoire, la pureté que réclame l’office de juger. Car telle était la leçon : la justice est le premier métier du roi, et il la rend au nom de Dieu. La main médiévale disparut dans la tourmente révolutionnaire ; celle que conserve le Louvre fut remontée pour le sacre de Napoléon, en remployant des éléments anciens.

L’anneau, enfin, que l’archevêque passait au doigt du roi après la bénédiction, scellait des épousailles : par lui, disaient les liturgistes, le roi épousait son royaume, comme l'évêque épouse son Église. Fragiles et personnels, les anneaux du sacre ont tous péri.

Joyeuse et les éperons d’or

L'épée du sacre portait le plus beau nom de la chevalerie : Joyeuse, l'épée de Charlemagne dans les chansons de geste, celle que l’empereur brandit dans la Chanson de Roland. L’arme conservée au Louvre est un assemblage vénérable où les siècles se superposent — pommeau des environs de l’an mil, garde aux dragons d’or du XIIe siècle, fourreau remanié jusqu’au sacre de Charles X — et c’est précisément ce qui la rend émouvante : chaque génération l’a réparée, embellie, transmise, comme on entretient un feu. Au sacre, le connétable la portait nue devant le roi ; l’archevêque la remettait au souverain en lui commandant de protéger l'Église, les veuves et les orphelins. L'épée royale n'était pas un trophée : c'était une charge.

Les éperons d’or, dont une paire du XIIe siècle subsiste également au Louvre, complétaient cette investiture chevaleresque. Chaussés au roi puis aussitôt retirés, ils signifiaient que le souverain était le premier chevalier du royaume — et le sacre, avant d'être un couronnement, l’adoubement d’un défenseur de la chrétienté.

Le naufrage de 1793 et ce qui demeure

La Révolution ne pouvait laisser subsister ces objets, qui étaient moins des trésors que des titres. À l’automne de 1793, tandis qu’on violait les tombeaux royaux de Saint-Denis, la Convention fit inventorier le trésor et porter à Paris ses richesses : l’or des couronnes et des reliquaires prit le chemin de la Monnaie, où la couronne de Charlemagne fut brisée et fondue, avec des chefs-d'œuvre accumulés depuis Dagobert ; les pierres furent dispersées. En quelques mois disparut l’un des plus anciens trésors de l’Occident.

Tout, pourtant, ne périt point. Des commissaires des arts, sensibles à la beauté de certaines pièces, en firent réserver quelques-unes pour l’instruction publique : ainsi furent sauvés le sceptre de Charles V, Joyeuse, les éperons, la couronne de Louis XV, aujourd’hui réunis au musée du Louvre, tandis que le trône dit de Dagobert gagnait le Cabinet des médailles. Ces épaves suffisent à mesurer la grandeur de ce qui fut perdu. Devant la vitrine où reposent côte à côte l'épée de la légende et le sceptre du sage roi Charles, le visiteur contemple ce qui reste du plus vieil État de l’Europe : quelques livres d’or et d’ivoire — et douze siècles de majesté.