Aucune bataille n’a autant compté que ce traité. En rachetant l’alliance du duc de Bourgogne au prix fort, Charles VII priva les Anglais de leur seul appui continental. La reconquête, jusque-là impossible, devint une affaire de quinze ans.
Ce qui précède
Depuis l’assassinat de Jean sans Peur à Montereau en 1419, la Bourgogne combat aux côtés des Anglais. C’est elle qui a livré Jeanne d’Arc aux Anglais en 1430, après l’avoir capturée devant Compiègne.
Mais Philippe le Bon s’inquiète : ses possessions des Pays-Bas prospèrent, l’Angleterre s’affaiblit, et le duc de Bedford, régent anglais, meurt le 14 septembre 1435, une semaine avant la signature.
Ce que le traité décide
Charles VII fait amende honorable pour l’assassinat de Montereau : il désavoue les meurtriers, fonde des messes perpétuelles pour le repos du duc défunt et élève une croix expiatoire sur le pont.
Il cède au duc les villes de la Somme — Amiens, Abbeville, Saint-Quentin, Péronne, Doullens — avec une clause de rachat pour quatre cent mille écus, ainsi que les comtés de Mâcon et d’Auxerre.
Philippe le Bon est en outre dispensé, sa vie durant, de l’hommage qu’il doit au roi.
En échange, il rompt avec l’Angleterre.
Ce qui en découle
Le prix payé était très lourd, et Charles VII le savait. Mais l’effet fut immédiat : Paris se rendit dès l’année suivante, en 1436.
Suivirent la trêve de Tours, la réorganisation de l’armée par les compagnies d’ordonnance en 1445, la reconquête de la Normandie achevée à Formigny en 1450, et celle de la Guyenne à Castillon en 1453.
Quant aux villes de la Somme, Louis XI exerça la clause de rachat en 1463, réunissant la somme au prix d’un effort fiscal considérable. Charles le Téméraire les reprit par la force, et il fallut sa mort devant Nancy, en 1477, pour qu’elles reviennent définitivement.
Ce qu’il faut en retenir
Arras est la preuve qu’une guerre se gagne parfois par la diplomatie plutôt que par les armes. Charles VII n’a pas vaincu la Bourgogne : il l’a achetée.
Et il l’a fait en acceptant une humiliation publique, l’amende honorable, qu’un prince plus soucieux de sa gloire aurait refusée. Ce roi que l’on dit faible a compris ce jour-là que la guerre de Cent Ans se jouait à Dijon, non à Londres.
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