Saint Louis rendit des terres qu’il aurait pu garder, au grand scandale de son conseil. Il voulait une paix fondée en droit, non en force. La clause qui la fondait — le roi d’Angleterre vassal du roi de France pour l’Aquitaine — devait devenir, quatre-vingts ans plus tard, la cause de la guerre de Cent Ans.
Ce qui précède
Depuis la confiscation prononcée contre Jean sans Terre en 1202, les Plantagenêts ont perdu la Normandie, l’Anjou, le Maine et le Poitou, mais n’y ont jamais renoncé en droit. Ils continuent de se dire ducs de Normandie et comtes d’Anjou, et chaque génération tente de les reprendre.
Louis IX veut clore cette querelle. Son conseil le presse de garder tout : il est le plus fort, l’Angleterre est en crise, Henri III affronte ses barons.
Ce que le traité décide
Le roi de France rend des territoires en Périgord, en Limousin, en Quercy, en Agenais et en Saintonge — provinces qu’il occupait sans titre incontestable.
En échange, Henri III renonce solennellement à la Normandie, à l’Anjou, au Maine, à la Touraine et au Poitou.
Et surtout, il reconnaît tenir l'Aquitaine en fief du roi de France, dont il devient le vassal, avec l’hommage et les devoirs qui s’y attachent. Il devient duc d’Aquitaine et pair de France.
Ce qui en découle
Joinville rapporte que les conseillers du roi lui reprochèrent sa générosité. Saint Louis répondit qu’il voulait établir l’amour entre ses enfants et ceux du roi d’Angleterre, et qu’une paix acceptée valait mieux qu’une conquête contestée.
Le calcul était juste pour un siècle. Mais il posait une contradiction insoluble : un roi ne peut être le vassal d’un autre roi. Chaque changement de règne rouvrait la question de l’hommage, chaque contestation en Guyenne devenait un litige féodal, et le roi de France pouvait en droit confisquer le fief de son vassal anglais.
C’est exactement ce que fit Philippe VI en 1337 — et Édouard III répondit en revendiquant la couronne de France. La guerre de Cent Ans commençait.
Ce qu’il faut en retenir
Le traité de 1259 est le chef-d'œuvre et l'échec de la justice capétienne. Saint Louis a préféré le droit à la force, et il a eu raison quatre-vingts ans durant.
Mais il avait enfermé deux rois dans une relation que le droit féodal ne pouvait pas porter, et c’est cette impossibilité, plus que l’ambition d'Édouard III, qui a fait la guerre.
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