Pendant près d’un siècle, de Charles VII à François Ier, la France ne se gouverna pas depuis Paris mais depuis les bords de la Loire. Tours, Amboise, Blois, Chinon, Loches : la Touraine fut la capitale politique du royaume, et elle en a gardé plus de châteaux qu’aucune autre province.
Comté des Plantagenêts comme l’Anjou, la Touraine fut confisquée à Jean sans Terre par Philippe Auguste en 1204 et ne quitta plus la couronne. Son destin singulier commence deux siècles plus tard, quand la guerre chasse le roi de Paris.
Quand la Loire fut la capitale
Charles VII, réfugié au sud de la Loire pendant l’occupation anglaise, prit l’habitude de résider à Chinon et à Loches — c’est à Chinon que Jeanne d’Arc vint le trouver en 1429. Louis XI s’installa au Plessis-lès-Tours, où il mourut en 1483. Charles VIII naquit et mourut à Amboise. Louis XII tint sa cour à Blois, François Ier à Amboise puis à Blois avant Fontainebleau.
Pendant tout ce temps, les conseils se tenaient en Touraine, les ambassadeurs y venaient, les édits en datent. Tours reçut même les états généraux en 1468 et en 1484.
Le siècle des châteaux
De ce séjour royal est né le plus extraordinaire ensemble architectural de la Renaissance française. La cour attirait les grands, les grands bâtissaient : Amboise, Blois, Chenonceau, Azay-le-Rideau, Chambord un peu plus loin, Villandry, Ussé. En trois générations, la vallée se couvrit de demeures qui n'étaient plus des forteresses.
Tours fut aussi une capitale économique : François Ier y installa la soierie, qui employa jusqu'à vingt mille personnes avant que Lyon ne la supplante.
Le départ du roi
Tout s’arrêta quand la cour remonta vers l'Île-de-France, puis s’immobilisa à Versailles. La Touraine devint une province paisible et un peu assoupie, célébrée pour la douceur de son climat et la pureté de son français — la réputation selon laquelle on parle en Touraine la langue la plus correcte date de cette époque.
Ce qu’elle est aujourd’hui
La Touraine forme l'Indre-et-Loire, et mord sur l'Indre et le Loir-et-Cher. Rabelais, né près de Chinon, l’appelait le jardin de la France, et l’expression lui est restée.