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Contrôleur général des Bâtiments du roi · 1613-1700

André Le Nôtre

Le jardinier qui donna sa perspective au royaume

Rôle : Contrôleur général des Bâtiments du roiDates : 1613-1700

Il naquit dans un jardin, y vécut quatre-vingt-sept ans, et fit du parterre un genre de gouvernement. Le jardin à la française n’est pas une mode : c’est une manière de dire que la nature obéit, que la ligne droite est royale, et que le regard du roi porte jusqu'à l’horizon. Louis XIV n’aimait rien tant que de s’y promener avec lui.

Né dans les Tuileries

André Le Nôtre naît à Paris le 12 mars 1613, dans le logement de fonction de son père, jardinier du roi aux Tuileries. Son grand-père y était déjà. Le métier, dans cette famille, se transmet comme une charge.

Il aurait pu s’en contenter ; il fit mieux. On l’envoie apprendre la peinture chez Simon Vouet, où il rencontre Le Brun et Mignard, et il étudie l’architecture, les mathématiques et la perspective. C’est là toute la différence : les jardiniers avant lui plantaient, lui composait. En 1637, il succède à son père aux Tuileries. Il a vingt-quatre ans.

Vaux, ou le coup d’essai

En 1656, le surintendant Nicolas Fouquet réunit trois hommes pour bâtir Vaux-le-Vicomte : Le Vau pour l’architecture, Le Brun pour la décoration, Le Nôtre pour les jardins. Ils travaillent cinq ans, déplacent trois villages et une rivière.

Le résultat est le premier jardin français au sens plein : un axe unique de plus d’un kilomètre, des parterres de broderie près du château, des bassins, puis des bois, et au bout une statue d’Hercule qui ferme la perspective. Tout est calculé pour un point de vue : celui du perron. Le Nôtre y emploie une ruse dont il ne se privera plus, l’anamorphose — les bassins et les allées sont élargis à mesure qu’ils s'éloignent, pour que l'œil, qui les rétrécit, les voie réguliers.

La fête du 17 août 1661, où Fouquet reçoit Louis XIV, est trop belle. Trois semaines plus tard le surintendant est arrêté. Le roi prend les jardins, les statues, les orangers — et les trois hommes.

Versailles

Le chantier de Versailles occupera Le Nôtre quarante ans. Il y refait ce qu’il avait fait à Vaux, à une échelle qui n’a pas d'équivalent : huit cents hectares, un axe est-ouest de trois kilomètres, un Grand Canal de quinze cents mètres de long où l’on fit naviguer des galères.

Le terrain était un marécage sans eau ni vue ; il fallut détourner des rivières, creuser, drainer, et faire monter l’eau par la machine de Marly. Le roi suivait tout. Il écrivit lui-même une Manière de montrer les jardins de Versailles, qui fixe l’ordre dans lequel il fallait les parcourir — preuve que ces jardins étaient conçus comme un discours, avec un début et une fin.

Le Nôtre travailla partout ailleurs : Chantilly pour Condé, Saint-Cloud pour Monsieur, Sceaux pour Colbert, Meudon, Saint-Germain, Fontainebleau. Aux Tuileries, il prolongea l’allée centrale vers l’ouest, à travers champs. Cette ligne, tracée pour le plaisir de l'œil, est devenue les Champs-Élysées ; elle porte aujourd’hui l’axe historique de Paris jusqu'à la Défense.

Un homme sans ennemis

Le cas est assez rare à cette cour pour être noté : personne n’a dit de mal de lui. Saint-Simon, qui n'épargnait rien, le donne pour probe, droit et incapable d’intrigue. Il refusait de servir contre un confrère et recommandait ses concurrents.

Louis XIV l’anoblit en 1675 et lui donna l’ordre de Saint-Michel. Il fallait des armoiries ; Le Nôtre demanda qu’on y mît trois limaces et une feuille de chou, en souvenir de son état. On raconte aussi que le roi, dans les dernières années, le faisait porter en chaise à côté de la sienne pour parcourir les jardins avec lui, et que le pape, l’ayant reçu à Rome, s'étonna qu’il l’embrassât — à quoi le jardinier aurait répondu qu’il embrassait bien son roi.

Ces anecdotes viennent des mémorialistes et ont pu s’embellir. Elles disent une vérité : un homme de métier, sans naissance, avait obtenu de ce roi difficile une familiarité que les ducs lui enviaient.

Le métier

Un jardin de cette sorte est d’abord un chantier de terrassement. À Versailles, on déplaça des collines entières et l’on planta des dizaines de milliers d’arbres, arrachés aux forêts de Normandie, de Flandre et du Dauphiné, transportés par convois et remis en terre à la saison. Des régiments entiers furent employés aux travaux ; la mortalité y fut telle qu’on emportait les morts la nuit pour ne pas décourager les vivants.

Le Nôtre dirigeait cela comme un général dirige une campagne : devis, calendriers, corps de métier, approvisionnements. Il tenait aussi les pépinières, choisissait les essences, réglait les tailles. Le jardin qu’on admire est un ouvrage d’ingénieur autant que de dessinateur, et sa difficulté n'était pas de concevoir la ligne, mais de la faire tenir dans un terrain qui n’en voulait pas.

Il ne signa presque rien et n'écrivit aucun traité. Ce que l’on sait de sa méthode vient de ses plans, de ses devis, et de trois lettres.

Ce que le jardin voulait dire

On reproche au jardin français d'être une tyrannie sur la nature, et le reproche est juste — c’est même le propos. Là où le jardin anglais imitera le hasard, celui-ci affirme que la raison ordonne. Les allées convergent vers un point unique, les eaux sont contraintes, les arbres taillés en murs. Rien n’y pousse sans avoir été voulu.

C’est un art politique autant qu’un art d’agrément. Le regard placé au centre est celui du souverain, et ce qu’il embrasse d’un seul coup d'œil, jusqu'à l’horizon, est l’image de ce qu’il gouverne. Toute l’Europe le comprit ainsi et copia Versailles, de Vienne à Saint-Pétersbourg.

Le Nôtre mourut à Paris le 15 septembre 1700, à quatre-vingt-sept ans, dans le même logement des Tuileries où il était né. Il est enterré à Saint-Roch. Il n’avait pas eu d’enfants, et ses jardins n’ont pas cessé d'être refaits ; c’est le sort de son art, qui vit et meurt avec les arbres, et qu’il faut replanter tous les siècles pour qu’il continue d’exister.

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