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Royaume de FranceMontjoie ! Saint Denis !

Reine de France · 1519 – 1589

Catherine de Médicis

La Florentine qui porta le royaume à bout de bras

Époux : Henri IIDates : 1519 – 1589

Florentine par la naissance, française par le cœur et par l'épreuve, Catherine de Médicis gouverna un royaume que déchiraient les guerres de Religion. Mère de trois rois, régente inlassable, elle fut tour à tour honnie et admirée — et demeure l’une des figures les plus considérables de notre histoire.

L’orpheline de Florence

Née le 13 avril 1519 dans le palais des Médicis, à Florence, Catherine perd sa mère, Madeleine de La Tour d’Auvergne, quinze jours après sa naissance, et son père, Laurent II de Médicis, duc d’Urbin, quelques jours plus tard. L’orpheline, que les Florentins appellent la duchessina, grandit au milieu des tempêtes : otage des révolutions de sa ville natale, enfermée dans des couvents pendant le siège de Florence, elle apprend tôt que la fortune est changeante et que la prudence est la première des vertus politiques. Son parent le pape Clément VII la tire de ces périls pour en faire l’instrument d’une grande alliance : le 28 octobre 1533, à Marseille, la jeune fille de quatorze ans épouse Henri d’Orléans, second fils de François Ier. Le souverain pontife bénit lui-même l’union ; la petite-fille des banquiers florentins entre dans la maison de France.

La reine patiente

Rien ne la destinait à régner. La mort inattendue du dauphin François, en 1536, fait de son époux l’héritier du trône ; mais dix années passent sans qu’un enfant naisse, et l’on parle ouvertement de répudiation. Elle tient bon, avec cette ténacité silencieuse qui sera la marque de toute sa vie, et donne finalement dix enfants à la couronne entre 1544 et 1556. Reine de France à l’avènement d’Henri II en 1547, elle s’efface devant l'éclatante favorite, Diane de Poitiers, et attend son heure sans une plainte. Le 10 juillet 1559, la lance de Montgomery brise le destin : Henri II meurt des suites du tournoi des Tournelles. Catherine prend le deuil — elle ne quittera plus le noir pendant trente ans — et reprend Chenonceau, qu’elle échange contre Chaumont avec Diane de Poitiers. Sur le pont enjambant le Cher, elle fait élever la grande galerie qui fait aujourd’hui la gloire du château ; elle y donne des fêtes somptueuses où la magnificence est un langage politique : montrer que la monarchie, même blessée, demeure la première d’Europe.

Le royaume au bord du gouffre

François II meurt en décembre 1560 après dix-sept mois de règne ; Charles IX n’a que dix ans. Catherine devient « gouvernante de France » et affronte l'épreuve la plus redoutable qu’ait connue la monarchie depuis la guerre de Cent Ans : la déchirure religieuse. Avec le chancelier Michel de L’Hospital, elle tente d’abord la voie de la concorde : colloque de Poissy en 1561, où théologiens catholiques et réformés disputent devant la cour ; édit de janvier 1562, qui accorde aux protestants un culte limité — première tentative en Europe d’une coexistence légale des deux confessions. Le massacre de Wassy, en mars 1562, ruine cet espoir et ouvre les guerres civiles. Pendant plus de vingt-cinq ans, Catherine négocie, pacifie, recommence : édits d’Amboise, de Longjumeau, de Saint-Germain ; mariages, entrevues, ambassades. De 1564 à 1566, elle promène le jeune Charles IX à travers tout le royaume, de la Champagne à la Guyenne, pour montrer le roi à son peuple et recoudre, province après province, le manteau déchiré de la France.

Mon principal but est d’avoir l’honneur de Dieu devant les yeux en toutes choses, et de conserver mon autorité, non pas pour moi, mais pour la conservation de ce royaume et pour le bien de tous vos frères.

Catherine de Médicis, lettre à sa fille Élisabeth, reine d’Espagne

L’ombre du 24 août

Il faut regarder en face la nuit de la Saint-Barthélemy. Le 18 août 1572, le mariage de Marguerite de Valois et d’Henri de Navarre devait sceller la réconciliation ; le 22, l’attentat manqué contre l’amiral de Coligny précipite la cour dans l’engrenage ; dans la nuit du 24, la mort frappe les chefs huguenots, puis la fureur populaire ensanglante Paris et plusieurs villes du royaume. La légende noire, forgée dès 1575 par le pamphlet du Discours merveilleux, a fait de Catherine une empoisonneuse machiavélique préméditant le massacre de longue main. L’historiographie sérieuse a réduit cette caricature : la décision du conseil restreint visait quelques chefs, dans la crainte — réelle ou exagérée — d’une prise d’armes protestante ; nul n’avait voulu ni prévu le déchaînement qui suivit. Reste que la raison d'État consentit cette nuit-là à l’irréparable, et que Catherine en porta sa part devant l’histoire. Ni monstre ni sainte : une femme d'État aux abois, dans un siècle de fer, qui crut sauver la couronne au prix du sang — et que ce prix a suivie jusqu'à nous.

Bâtir, régner, transmettre

On oublie trop que cette femme politique fut aussi l’un des plus grands mécènes de son temps. C’est elle qui commande en 1564 à Philibert de l’Orme le palais des Tuileries, appelé à devenir pour trois siècles la demeure des souverains français ; elle qui élève l’hôtel de la Reine et sa colonne astronomique, qui rassemble l’une des plus belles bibliothèques d’Europe, qui invente avec ses ballets de cour un art que Louis XIV portera à sa perfection. Ronsard la chante ; artistes florentins et français travaillent côte à côte sous son regard. Jusqu’au bout, elle paie de sa personne : à près de soixante-dix ans, elle négocie encore, voyage encore, marie encore. L’assassinat du duc de Guise à Blois, en décembre 1588, décidé par Henri III sans elle, la frappe au cœur ; elle meurt le 5 janvier 1589, dans ce même château de Blois, épuisée d’avoir porté le royaume à bout de bras. Ses restes reposent à Saint-Denis, auprès d’Henri II. Mère de trois rois, belle-mère du futur Henri IV, elle laissa à la France l’exemple d’une fidélité obstinée à l'État quand tout conspirait à le détruire — et cette leçon, que la monarchie médite depuis : gouverner, c’est durer.

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